L’érudit el ‘alem el hadj Mohammed ben el ‘Ayyachi Skiredj est né à Fès en 1875, il est décédé à Tanger en 1965 à l’âge de 90 ans. Il vit le jour, un matin radieux, d‘un heureux mois d’avril, dans la maison familiale des Skiredj, située rue Ras euttyaline, face à la ruelle sidi yedder. Ses vénérés parents sont lalla Fatima Fillali et sidi el hadj El ’Ayyachi Skiredj ben ‘Abd Er Rahmane, ben el hadj Ahmed el Barnoussi, ben Mohammed, ben Hammou Skiredj. Sa lignée lointaine descend de sidi Hassâne Ben Tabet, le célèbre compagnon et poète du prophète sidna Mohammed ‘alaïhi assalam qui a dédié sa vie à la défense de l’Islam faisant de sa poésie une arme tranchante et un véritable bouclier.
Son père sidi el hadj el ‘Ayyachi Skiredj était pour lui et tous ses frères et sœurs un bon père, affectueux et généreux, soucieux de bien les élever et de leur donner une bonne éducation.
Les sœurs de l’érudit,sont lalla Khadouj et lalla Radia. Ses frères et sœurs consanguins sont el ‘allama sidi hadj Ahmed Skiredj, sidi‘Abd Elwahhab, sidi Mohammed dit Hammad, sidi ‘Abd El Khalaque, sidi ‘el hadj 'Abd Er Rahmane, lalla Zineb et lalla ‘Aïcha. Que Dieu les garde tous en sa miséricorde.

El hadj Mohammed Skiredj est un homme spontané et franc. Il est capable de franchise envers tout le monde. Il possède un caractère libre et ouvert. Il a l’intelligence claire, l’esprit dominé par la netteté et la méthode. L'humilité et la modestie, la piété et le cœur droit, la clairvoyance et la conscience qu’il apporte à tout ce qu’il fait sont ses traits saillants. On aime chez lui son intégrité et sa probité. Charitable dans sa vie et bienfaisant, il frappe par sa compassion, son sens aigu de l'amour qu'il a toute sa vie, voué à sa famille et à tous ses membres grands et petits et surtout aux plus démunis parmi eux. Dans le domaine social, son nom reste celui d’un précurseur, observateur consciencieux qui s’appuie surtout sur des faits constatés et qui se livre à des enquêtes. Il se rend compte des lacunes et entreprend de les combler et d’y remédier. A Tanger, il va ainsi rendre de grands services aux habitants de la ville.
Très respecté par l'ensemble, il s’imposait à l’admiration de tous, il est aimé par sa famille, ses amis et tous ceux qui le connaissent réellement pour ses traits d'homme généreux à l'âme humaine, une droiture d'esprit, de la fermeté morale, une intelligence et un sens pratique et surtout par ses grandes largesses et son hospitalité. Depuis son jeune âge, il a toujours été un modéré et un tolérant compréhensif. La vaste correspondance laissée montre et atteste ce fait.
C'est un savant et un homme de lettres d'une grande curiosité intellectuelle possédant une puissance de travail, de réelles facultés de persévérance et de courage. Sa langue arabe des plus riches est bien rendue dans ses écrits. C'est un bon orateur dont l'éloquence est remarquable par un grand enthousiasme, par la clarté et dont le style parvient à la concision.
Dès son très jeune âge, il montre une forte personnalité, une intelligence notable et un appétit insatiable pour les études et la possession du savoir. A 10 ans, il avait appris par cœur le Saint Coran qu’il calligraphiait d’une belle écriture et qu’il psalmodiait d’une voix douce et mélodieuse, une qualité qu’il a inculqué et légué à son fils si Rachid et à sa fille lla Zoubida.
C’est dans l’université Al Quaraweyenne dont il est un brillant lauréat et auprès des plus grands ‘alem de son temps qu’il va parfaire ses connaissances et parachever l’acquisition des sciences islamiques variées enseignées. C'est un grand érudit qui a appris en les dominant parfaitement ce qu'on appelle el “moutoun” aussi bien les hadith ou paroles du prophète ou les traditions avec commentaires qui s'y rapportent étayant et expliquant la parole du prophète ainsi que la sunna. Il témoigne surtout du goût pour les matières scientifiques et en particulier pour les mathématiques.
Durant toutes ses études, il va étonner ses maîtres et professeurs par sa grande capacité d’assimilation et d’interprétation, par son intelligence vive et grande. Son jeune frère sidi Ahmed fréquente en même temps que lui l’université. Tous les deux, comme le reste des étudiants, s'assoient en tailleur, croisant les jambes des heures entières sur les hssiras, larges nattes faites en matière végétale tramée, rustres tapis, posés à même le sol. C'est un humaniste au sens large du mot.
LE PATRIOTE
C'est un patriote qui a amplement encouragé le rôle politico-social et les efforts militants de tous les membres de sa famille, mettant au service d'un combat acharné contre l'étranger envahisseur occupant injustement le pays, son argent, sa poésie et sa prose. Patriote ardent il chantait dans ses vers le nationalisme qu’il magnifiait. Esprit indépendant et libéral il apportait un grand soutien aux combats d’idées mettant en valeur la liberté et l’indépendance des pays.
La période agitée et tourmentée du Maroc et en particulier de Tanger se situe juste après la signature du traité de colonisation du Maroc. Les injustices sociales et la misère morale aggravent les choses. Les sujets d’inquiétude et les préoccupations deviennent de plus en plus pressants avec les années, elles commencent à demander une lutte contre les abus, un combat plus ouvert contre l’occupant, L’idéal recherché serait de mettre l’occupant dehors. C’est une solution urgente et immédiate. Une agitation grondante se développe et urge elle voit le jour en des journées sanglantes symbolisée par la journée anniversaire du 30 Mars.

Les ‘oulamas deviennent influents et commencent à s’occuper également de politique et non seulement de religion et de la défense de la foi. Les idées politiques d’une réaction prompte s’infiltrent partout. Ils agissent en orientant l’état d’esprit, en développant les idées et cette influence commencent à se faire sentir de plus en plus du haut des minbar, dans les prêches du vendredi.
La rencontre des érudits; les 'oulamas de Tanger, le mouvement des idées se fait dans le salon du premier étage de la maison del Fquih Skiredj. C'est là que naît et que grandit très vite une fermentation intellectuelle et sociale d'où surgit et prend naissance une littérature militante, des chants nationaux à partir de la composition de ses poésies, haranguant l'amour de la patrie, l'indépendance du Maroc colonisé sa liberté et sa dignité. C'est là d'où on lance les idées que tous vont faire répandre dans le reste de la ville de Tanger et par la suite à Fès et dans tout le reste du Maroc.
Les occasions religieuses deviennent le moment idéal pour manifester sans être molestés. Les jeunes garçons encadrés par mon frère ssi Rachid et encouragés par toute la population, ne cessaient de montrer leur volonté d’agir. Ainsi les préparations de ces occasions s’échelonnaient le long de l’année étoffant l’ardeur et nourrissant d’espoir les esprits. Pour le 7éme jour du Mouloud, la naissance du Prophète, les quartiers de toute la ville de Tanger préparaient un défilé comportant une offrande principale pour sidi Bou ‘Arraquia le walli, le patron symbolique de la ville de Tanger.
Dans haoumat Bni Ider, notre quartier, l’événement, une manifestation spéciale coûteuse et gigantesque accaparait les énergies et les mobilisait. Il fallait tout d’abord faire appel à la générosité des habitants de la haouma qui donnaient tant qu’ils pouvaient petit sou par petit sou et au sens de l’organisation des comités de jeunes, élus, pour veiller à l’exécution du projet. Tous les habitants du quartier participaient et aidaient et il faut le dire, les juifs du quartier nombreux et riches, étaient les plus généreux et les plus contribuables. Ils s’amassaient nombreux sur leurs balcons le jour du défilé. Acheter le taureau le plus vigoureux et le plus beau, l’habiller de foulards de soie et de fleurs et le métriser pour lui faire tenir une place au centre du défilé jusqu’à Bou ‘Arraquia, une distance assez longue dans une agitation des plus nourries.
Mais, avant tout cela il fallait tenir des réunions secrètes et nombreuses pour tout mettre sur pied et surtout pour apprendre le nachid watani, un chant national écrit par el Fquih Skiredj que son fils fait apprendre aux jeunes de la haouma chaque jour, après l’école et après une leçon civique improvisée par le chef, ssi Rahid. L’hymne doit être chanté à voix basse, être répété et être bien rendu et tout cela sans que les autorités soupçonnent son existence et s’informent sur son contenu et également sans que les autres quartiers aient son écho qui doit rester bien gardé jusqu’au jour J. Il n’y avait pas un quartier de Tanger aussi riche soit t-il qui égalait ou dépassait le quartier Bni Ider. Tous les habitants contribuaient et les juifs, nombreux et riches, étaient les plus généreux et les plus contribuables.
Le jour du défilé, l’hymne, une poésie de circonstance, au rythme cadencé était chanté d’une voix vigoureuse qui portait son écho jusqu’aux confins de la plage et bien au-delà, sur la colline du Charf. Il accompagnait le défilé le plus harmonieux et le plus admiré, le plus vivant et le plus réjouissant. Sur son passage, fusaient les youyous des femmes et les acclamations des hommes et s’amassait une foule admirative et laudative. Les jeunes, fous de joie, fiers du résultat obtenu et de leur bravade, s’exaltaient, haranguant la foule, chauffant les esprits, goûtant un moment de liberté chèrement acquis, obtenu durement et ignorant les futures suspicions et les mauvais traitements du colon.
L’EDUCATEUR HUMANISTE
Mon père, un humaniste, un puits de sciences débordant de connaissances, une encyclopédie arabe ambulante, un intellectuel hors pair, possédait un savoir infini. C’est un dictionnaire évoluant sur la terre dira de lui son ami et élève, le grand ‘alem sidi el Bachir Affaïllal.
Esprit critique, Il aimait confronter les idées, les exposer, les expliquer. Il nous apprenait à légitimer le libre examen. Nos réunions familiales quotidiennes étaient de véritables joutes culturelles qui nous enrichissaient constamment du lustre du savoir. Il s'occupait aussi bien de l'instruction de tous ses enfants garçons et fille mais, surtout de leur éducation, par des conversations fréquentes, constructives aux moments des repas et des retrouvailles des membres de la famille. Chacun de nous, encouragé par une bienveillance constante, pouvait penser librement, parler franchement, poser toutes les questions qui nous habitaient, qui nous traversaient. Elles étaient nombreuses, inattendues et intéressantes. Il développait en nous, l’esprit libre, sincère, spontané, épanoui et avant toute chose, nous apprenais la modestie, la première qualité du musulman. Mais, cette liberté d’esprit était toujours modérée par la recherche d’un juste milieu et d’un bon équilibre.
Il voulait qu’on s’adapte à la vie moderne en cherchant un juste milieu entre ce qui est rationnel et ce qui est spirituel, entre ce qui est apporté par l’outrance d’un modernisme d’emprunt et les valeurs sacrées de nos traditions authentiques et de notre religion.
Si les questions fusaient imprévues, les réponses émanant de nos parents arrivaient posées, réfléchies, sages, dénuées de préjugés, débarrassées du superflus et de l’inutile. Elles parvenaient toujours à rassasier notre esprit en effervescence. Notre esprit, notre intelligence ont toujours vécu de façon ouverte, inquisitrice, toujours assoiffée de connaître plus et mieux encore.
Son enseignement des sciences islamiques du Coran et de la sounna qui comprenait une interprétation critique et un approfondissement autant philologique qu’historique des textes, a formé un grand nombre de jeunes qui sont devenus à leur tour des érudits et des savants. Il est en même temps théologique, scientifique et littéraire réalisant un certain équilibre dans lequel on étudie directement le texte dans sa richesse. Tout jeune, il s'est intéressé aux questions d'enseignement et de culture montrant dans le discours que la science doit être la base de la pédagogie.
ECRITS SUR L’EDUCATION
Dans un monde nouveau où les progrès scientifiques récents n’ont pas apporté à l’homme ce qu’il espérait pour sa sécurité et son bien être, loin de tout matérialisme et de tout scepticisme, la pensée religieuse et mystique tolérante, éclairée, basée sur l’éducation de l’être, peut ouvrir une fenêtre sur un avenir prometteur. Seule l’éducation peut apporter à l’humanité l’espoir d’un monde meilleur.
De bonne heure, il s’est préoccupé des problèmes des jeunes et de leur éducation, laissant dans ce domaine important, un message qui se perpétue pour le bonheur de la jeunesse. Parmi les écrits sur l’éducation, deux manuscrits de l’auteur mettent l’accent sur l’éducation. Ils tracent les cours d’étude, donnant une assise solide et une place de choix à l’enseignement professionnel et visent le comportement des étudiants. L’auteur propose aux maîtres des programmes d’étude mûrement réfléchis, qui mettent en valeur à côté d’un enseignement scolaire classique pédagogique, un enseignement professionnel et artistique en insistant sur la nécessité de développer le corps et d’aérer l’esprit de l’élève pour lui permettre l’expansion harmonieuse de toutes ses capacités.
LE RELIGIEUX ET LE TIJANI

El fquih Skiredj, mon père est un homme de religion en qui dominent le sens religieux et la morale. Il faisait pénétrer dans notre cœur et dans notre jeune tête, l’amour de l’Islam, son dogme, ses principes, ses valeurs précieuses et généreuses, le caractère social et civique de ses optiques, leur portée humaine et l’universalité de son génie. Il cultivait en nous l’intégrité morale, la conscience professionnelle et des jardins prometteurs de savoir, de piété, de charité et d’altruisme.
Il faisait souvent de fréquents voyages à Fès, le lieu privilégié de la civilisation arabe et le foyer florissant du savoir des sciences islamiques, non seulement pour régler une affaire urgente concernant les proches parents mais, également à l'occasion des rencontres et des mousems tijanis emmenant chaque fois l'un des enfants avec lui pour l'initier, le ressourcer, lui montrer et lui faire découvrir les richesses religieuses de la ville. Il y a également des actes d'importance qu'il ne faisait pratiquer à ses enfants qu'à Fès. C'est ainsi que tous les garçons ont été circoncis à Fès puis amenés à Moulay A'quob pour la convalescence. A chaque fin d’études par cœur de la soulka coranique, la famille de Fès fêtait l’événement avant même celle des parents à Tanger. Pour marier ses filles, il faisait acheter la grande partie de leur trousseau à Fès. Cependant, à Tanger, il achetait pour sa femme et ses filles des bijoux anciens que les Deguague, les bijoutiers juifs lui réservaient et lui exposaient avant toute autre personne. En tant que notaire, il était spécialement recherché pour gérer et liquider l’héritage des grandes familles juives marocaines.
C’est un bon croyant qui suit scrupuleusement et avec minutie la pratique assidue des actes cultuels, des traditions authentiques. Il s’astreint à l’observance et à l’obéissance des prescriptions des ordres et de la loi d’Allah dans les concepts coraniques et les principes de la Sounna.
C’est un fervent adepte tijani qui a agi toute sa vie, comme un serviteur d’Allah et de la tariqua tijania, le seul ordre confrérique regroupant une grande partie de la famille Skiredj. Comme un grand nombre des membres de sa famille, il vit le prophète et ce fut pour lui à l’état de veille. Il vit également le cheïkh sidi Ahmed Tijani dont il composa de longs poèmes célébrant l’éloge du Cheïkh et lui rendant un hommage d’amour et de respect religieux. Comme son père, sa fille Zoubida elle-même tijania dans le tard, Zoubida, verra également le prophète et le chèïkh sidi Ahmed Tijani entouré par les membres importants de sa famille et guidé vers elle par son propre père Allah irehmhom jami’ane.
Sur le plan spirituel, son soufisme n’émane que du saint Coran et de la Sunna, basée sur le hadith, la parole du prophète salamou Allah ‘alaïhi et sur une acquisition dominée des connaissances canoniques. Son érudition des sciences et des arts islamiques, vaste et nourrie, lui a permis l’écriture de livres sur la vie du prophète salla Allaho ‘alaïhi wa sallam et ses nombreux poèmes ont chanté, vanté et magnifié son éloge.
Le nombre de ses ouvrages religieux, sur l’étude coranique, l’interprétation du Coran, la psalmodie du Coran, les mots de la langue arabe dans le Coran, la pureté de la langue du Coran et du hadith, la science du hadith, sur l’Islam, la chari’a islamique, sur la théologie, le soufisme, sur la tariqua tijania, ainsi que ceux de l’étude des sciences de la langue arabe, sur l’histoire et divers autres sujets s’élève au nombre de près de 100 manuscrits dont deux seulement ont été imprimés et réimprimés.
Sept écrits sont dédiés à l’étude coranique. Ils traitent entre autres de la manière de psalmodier le Coran, mettant en valeur les règles de l’art de réciter le Coran et les bienfaits apportés au moumen, le fidèle musulman par la récitation elle-même, la déclamation et par son apprentissage par cœur. Un long poème met en évidence les maîtres et leurs élèves et l’étude des 7 façons de psalmodier. Il étudie de façon minutieuse la science de la psalmodie, sa naissance, son art, ses écoles, ses bases, ses lois et son évolution historique. Un autre poème, dans un autre manuscrit, une étude explicative du poème précédent apporte un complément d’étude de l’art de la psalmodie, mettant en valeur les bases de cet art le tout, mis dans une écriture simple et claire à la portée des débutants et des néophytes.

Dans l’étude de la science du hadith, la parole du prophète, l’auteur montre au musulman tout l’intérêt et la valeur de la parole prophétique sainte, ce qu’il gagne à l’écouter et à l’appliquer saisissant l’occasion de donner les avis nombreux et édifiants des autres érudits.
Dans le questionnaire des deux anges à l’homme dans son tombeau, l’auteur traite un des sujets les plus palpitants de la fin d’un être. Dans cet écrit l’auteur rapporte les questions que deux anges de la mort posent à un défunt au moment où la tombe se referme sur un mort. Il parle de la tombe, de son étroitesse, des sévices occasionnés au non croyant et au mauvais musulman en étayant ses dires par des passages coraniques et des hadiths, apportant également ici, les avis d’un nombre d’érudits qui ont traité le sujet de l’homme dans son tombeau.
D’AUTRES LIVRES SUR LA RELIGION
17 écrits manuscrits de différentes importances traitent les sujets religieux de façon profonde et intéressante, élucidant le sujet. Tous ces ouvrages possèdent une unité de ton et de forme, le ton comme le style accuse une certaine gravité voulue. Ils sont en tous les cas d’une grande sincérité. Il est théologien et éducateur possédant une grande connaissance profonde et totale de la religion et de ses principes.
L’étude de la religion comprend la lecture commentée du Coran. Il a fait des études sur le saint Coran, sur son interprétation (atafssir) et sur la façon de le psalmodier (atajwid). Spécialiste des sciences religieuses (‘ilmo el fiquh), il a démontré la richesse et l’importance de la parole sainte du prophète salla Allah 'alayhi wa sallam, dans la vie du musulman. Défenseur passionné de la foi, faisant appel à la méditation mystique considérée avec ardeur et vigueur, il a montré du doigt ceux qui attaquent la religion musulmane et ses fondements.
Il a dit son avis sur la façon d’être et d’aimer ses parents dont il fut séparé tôt dans la vie. Une correspondance importante entre le père et le fils habitant l’un à Fès et l’autre à Tanger nous reste, montrant le respect et l’amour filial, l’amour paternel et les louanges adressées au fils chéri et valorisé.
Il a laissé un recueil sur les parents qui perdent leurs enfants de leur vivant, montrant que ces enfants viennent attendre leurs parents à la porte du paradis pour les y introduire le jour du grand jugement final. Il parle de ce sujet déchirant en connaissance de cause, n’a-t’il pas perdu lui-même deux de ses enfants, lalla Raquoucha à l’âge de 14 ans et sidi Mohammed son enfant aîné, à l’âge de 20 ans ?.
Un autre manuscrit traite des droits des parents sur leurs enfants et des devoirs des enfants envers leurs parents, leur devant respect et hommage et leur assurant le bien être total. A l’appui de ses dires l’auteur apporte une étude des passages coraniques et du hadith du prophète sur ce thème et fait référence à des événements du passé, aux avis d’autres érudits et à leurs conseils en la matière.
LA FATWA

La fatwa est une sorte d'essais, un texte écrit que l'érudit rédige pour donner son avis général et surtout religieux sur une question d'importance que le texte développe et explique. Dans la fatwa le fquih dit ce que l'Islam, le saint Coran, le hadith; la parole du prophète disent du sujet. Ainsi la fatwa sur l'électricité montre que dans cette nouveauté apportée par le progrès de la modernité, il n'y a rien qui va à l'encontre de la religion, rien qui l'interdit au musulman. Par contre la fatwa sur le tabac apporté par le colon, comme le vin interdit par la religion musulmane, montre la nocivité du produit pour la santé et avertit le musulman conte son utilisation.
Ses fatwas sollicitées par une vie nouvelle, nombreuses, variées, lues et adaptées, montrent son avis éclairé sur le milieu musulman marocain, sur les aspects nouveaux de la modernité et sur les problèmes qui se posent dans une société musulmane en voie de développement et de modernisation. Ce sont de véritables pages de l'histoire des peuples musulmans. On a retenu ses vues justes, ses avis sur les questions générales. Par ses fatwas, el fquih Skiredj exerce une influence prépondérante sur la société de son temps, et obtient le respect et l'admiration.
CONSULTATION SUR LA KHILAFA

Dans le 34 éme tome de la Revue du Monde Musulman qui était publiée par la mission scientifique française du Maroc (Paris, Editions Ernest Leroux 1917-1918, une fatwa sur la khilafa du fquih el hadj Mohammed Skiredj est traduite par Ed. Michaux Bellaire. En fait, la mission scientifique du Maroc, dirigée par des Français avait fait demander son opinion sur la grave question de la khilafa à l’’alem sidi Ahmed Skiredj. Celui-ci, a fait répondre à cette question par son frère el ‘alem sidi Mohammed Skiredj, l’auteur connu de l’ouvrage historique important Riad el bahja fi akhbar Tanja et également l’auteur de plusieurs fatwa à tendance historique, sociale et religieuse.
Les auteurs de la revue reconnaissent que cette fatwa est surtout intéressante, parce qu’elle examine la question de la khilafa au point de vue marocain. Ecrite dans un style clair et simple, la fatwa apporte un point de vue historique donnant des faits précis. Elle montre comment les Turcs qui ne se préoccupaient que de la possession de la khilafa ont usurpé le pouvoir des Arabes par la trahison faisant fi des hadiths qui précisent que la khilafa ne doit être que dans la tribu de Quoraïch.
Les Turcs sont la cause de la destruction de la tradition islamique depuis plusieurs siècles. La fatwa montre comment les Turcs ne sont jamais parvenus à exercer aucune autorité à aucune époque sur le Maghreb et apporte les causes de leur échec.
L’érudit el fquih Skiredj qui ne craint pas les représailles du colon donne avec courage et audace son avis laudateur, favorable à la dynastie chérifienne, il écrit « L’apparition de la glorieuse dynastie chérifienne Alaouite et hachimite qui dans la splendeur de sa gloire, réunit toutes les qualités requises pour exercer l’Imamat au Maghreb, Son gouvernement est basée sur la crainte de Dieu et sur sa puissance ; il est établi au point de vue religieux sur les textes de loi et sur les règles des sciences rationnelles et dérivées. Ses souverains que Dieu conserve leur gloire et rende durable leur descendance, sont braves et magnanimes; ils sont illustres et prestigieux. Ils appartiennent sans conteste à la famille du prophète et même d’une des branches les plus célèbres et les plus pures. Cela n’a pas besoin d’être démontré, et personne ne peut l’ignorer. Nous supplions Dieu de prolonger pour nous l’existence de notre sublime dynastie chérifienne, glorieuse, hachimite et ‘Alaouite ». Signé Mohammed Skiredj que Dieu le guide, pour traduction ; Ed Michaux Bellaire.
LE SERMONAIRE ET LES KHOTBAS. PRECHES DES VENDREDIS
On prêche le vendredi. La khotba du vendredi est un sermon, une harangue, une allocution. C’est une éloquence religieuse bien cultivée et entretenue à laquelle est accordée une grande importance. C’est un genre très répandu parmi les érudits et les fquihs.
El fquih Skiredj le prédicateur est un bon orateur dont l’éloquence est remarquable par un grand enthousiasme, par la clarté et un style bien à lui, qui parvient à la concision. C’est un imminent prêche et un brillant orateur très apprécié et très écouté. La harangue animée par des mouvements d’éloquence est le fruit d’un grand labeur. Son éloquence d’une verve très religieuse, puisée dans les sources coraniques et prophétiques se manifeste chez lui, dans les sermons du vendredi, prononcés dans la grande mosquée de Tanger; Jama’ el kbir.
Basée sur un discours bien écrit, simple, précis et de premier jet, elle vise l’instruction et l’édification du fidèle. Elle éclaire le moumen sur une question religieuse du dogme, sur un devoir du fidèle ou même sur un sujet politique, une question sérieuse du moment. Cette éloquence aux grands effets oratoires était des plus entraînantes. Elle était servie par une voix admirable et haute qui agissait de façon puissante sur les cœurs et les sensibilités des fidèles massés en rangs serrés, venus nombreux l’écouter et faire la prière du vendredi, le jour saint de la semaine, pour acquitter un devoir religieux impérieux des plus importants pour le musulman.
Déjà, quand il a terminé ses études et qu’il fut nommé comme prédicateur sermonnaire et prêcheur attaché à la zaouya nassiriya, rue Essyage à Fès, pour éduquer le croyant et l’attacher au dogme, il se distinguait comme orateur par son discours rhétorique enthousiaste et grâce à l’éloquence religieuse de ses sermons et à son art oratoire en général.
Ses sermons montrent de la hardiesse et de l’ardeur. Du haut de la chaire, il apporte une grande sureté de la parole ; il prononce son sermon d’une voix haute et d’un ton impérieux. Convaincre et toucher était pour lui facile grâce à son ardeur d’homme de foi, une autorité fondée sur le Coran ; la parole de Dieu et sur le hadith ; celle du prophète. L’esprit civique et humanitaire, se basant sur les vertus morales, il animait des leçons quotidiennes pour de jeunes élèves et également pour les adultes à la présence assidue qui venaient nombreux écouter l’érudit après avoir terminé leur travail quotidien
