En 1901, il épouse lalla Fetouma, la fille de si Zoubeir Skiredj une des figures les plus remarquables et les plus importantes de la famille Skiredj. De cette union va naître lalla Khadouja en 1909; Celle-ci se marie avec sidi Abd el Kerim Zougari en 1921. Leurs enfants sont :
lalla Fatma qui épousera el ‘alam sidi Ahmed Smihi avec qui elle va avoir une fille lalla Chafiqua. Elle épousera par la suite le journaliste de renom, el ‘alem sidi Mohammed el Ouazzani, sidi Mohammed, fonctionnaire à la municipalité de Tanger qui épousera lalla Fatima Ghmari et sidi Ahmed, qui occupera de hauts fonctions militaires et qui épousera lalla Zineb Soussi Glaoui.
Un an après le décès de sa première épouse, el hadj Mohammed Skiredj se marie avec lalla Habiba Smihi, la fille du grand ‘alem, une fquiha
MA MÈRE

Ma mère, el hadja lala Habiba Smihi était tangéroise de famille cherifa (noble, descendante du prophète). Mon père el hadj Mohammed Skiredj, un grand ‘alem était fassi, d’une famille connue pour son penchant intellectuel. Notre parler n’était ni tangérois ni fassi mais, un arabe dialectal élégant dans ses termes et ses constructions.
Ma mère fille unique, parmi quatre frères était instruite ; une Fquiha. Elle avait suivi à domicile, durant son enfance et son adolescence, les cours que, son père, un grand ‘alem, sidi Ahmed Smihi lui donnait dans les premières heures de la matinée. D’abord conjointement avec ses frères et ensuite à elle seule quand ses frères regagnaient, chacun son école. Elle était cultivée à une époque où, les femmes marocaines en général, étaient analphabètes.
Loin de moi l’idée de dénigrer les marocaines de ce temps là, au contraire, elles étaient dignes de respect. Elles étaient éduquées par leurs parents. Elles avaient une bonne formation morale, une haute moralité de cœur et une grande sagacité d’esprit. Plus important que cela, elles possédaient l’expérience de la vie. Éclairée, elles étaient pétries d’une somme de connaissances traditionnelles véhiculées, oralement et dispensées par les vieilles femmes de la famille y compris les Dadas. Elles étaient détentrices de l’expérience pratique, usuelle et elles possédaient un grand bon sens.
La soif de lectures diverses, que ma mère manifestait était insatiable. Elle puisait, autant dans les écrits arabes, que dans les œuvres, étrangères traduites, magnifiant d’autres civilisations, d’autres mondes anciens et modernes en avance sur notre monde. Toutes sortes d’écrits étaient happés : des écrits pourvues de notions historiques, littéraires, scientifiques, politiques, religieuses, tout était bon à lire, à méditer ou à apprendre : poèmes, contes, nouvelles, romans… Elle avait un petit budget spécial pour se constituer une petite bibliothèque personnelle et pour se procurer des journaux, des périodiques et des revues en Arabe, surtout égyptiennes, en ce moment là. Ma mère mettait toute son énergie à nous donner une éducation civique. Elle voulait faire pénétrer profondément en nous, la culture de l’Islam qui accorde une grande importance aux rapports sociaux, édifiant une solidarité sociale entre les citoyens, visant à rapprocher les hommes les uns des autres et imposant le respect des droits et de la dignité humaine.
Elle voulait nous inculquer les valeurs de l’altruisme. Elle nous parlait de l’amour de son prochain, de la compassion de l’homme pour son frère l’être humain, du désir constant d’aimer soulager les misères et du respect du pauvre. Elle nous enseignait l’histoire du Maroc et les facettes enrichissantes de la civilisation et de la littérature arabe. Pour nous inciter à apprendre l’Arabe classique, elle nous faisait apprendre par cœur, en plus des textes coraniques quotidiens, des textes arabes, des poésies qu’elle me faisait réciter debout sur un tabouret ou une chaise, déclamant avec emphase les mots et les phrases, en insistant sur le thème essentiel que le texte développait. Avec mes camarades de classe, des voisines de notre quartier et mes deux jeunes frères Bachir et Abdessamad, elle nous faisait jouer des scènes théâtrales tirées des contes Des Mille et Une Nuits, surtout dans les textes qui exaltaient les valeurs de la civilisation Arabe.
Nous les apprenions par cœur, joignant le geste à la parole et prodiguant des mimiques adéquates, habillés pour la circonstance d’habits chamarrés qu’elle nous faisait inventer, préparer, couper et coudre, dans les beaux tissus de vieux caftans. Si Bachir a réussi dans l’art théâtral c’est d’abord, grâce à cet enseignement maternel, dispensé en bas âge.
En plus de ses tâches ardues de maîtresse de maison dans un foyer actif dont les membres reçoivent, fréquemment à domicile et qui donnait lieu à des réceptions, thés, dîners, réunions politiques et autres ; elle avait un rôle social et politique important.
Dans le cadre de la lutte contre l’analphabétisme elle donnait, avec d’autres femmes et jeunes filles, des cours bénévoles, le soir, après la prière del Maghreb, aux femmes qui ne savaient ni lire ni écrire. Ces séances se déroulaient dans les classes des écoles publiques et privés de Tanger.
A domicile, où se tenaient périodiquement, les assises féminines du Parti de L’Istiqlal, elle avait pour tâche de faire prêter aux adhérentes nouvelles, le sermon d’enrôlement au parti, un rôle qui n’était confié qu’aux femmes les plus méritantes et les plus probes.
Membre actif du bureau de l’association El Mohsinate, une institution de bienfaisance fondée par la famille, avec d’autres bienfaitrices de la ville, elle prenait soin de toutes petites orphelines et de fillettes abandonnées avec amour, attachement et abnégation.
SIDI MOHAMMED SKIREDJ

C’est le fils ainé de l’érudit, el hadj Mohammed Skiredj, il ressemble à son père par son esprit créateur, son talent poétique et par sa faculté d’une écriture volubile qui s’agence en témoin non passif de son temps.Il possède une grande culture, des connaissances profondes, c’est un polyglotte et un être exceptionnel. Poète en herbe, dès 14ans, il improvise des poèmes, il est édité dans les revues littéraires égyptiennes, on dit de lui qu’il est un grand poète d’avenir, hors du commun. Mais, à 20 ans, il est ravi à ses parents par la même mort subite qui a emporté peu d’années auparavant, sa jeune sœur Raqoucha, la belle blonde aux cheveux d’or et aux yeux verts illuminés par une jeunesse évanescente.

Pièce de théâtre: Arrachid wa Al baramika jouée à l 'occasion du mouloud, le théâtre était l'un des moyens de la jeunesse d'exprimer leur révolte contre le colonialisme
SIDI MOHAMMEd RACHID SKIREDJ

Il naquit à Tanger, le jeudi 10 juillet 1935. C’est un beau garçon, dès son jeune âge, il est d’une belle prestance et d’un physique avenant. Il montre très tôt, une grande faculté d’études et d’assimilation. Après avoir appris le saint Coran en entier. On l’honorera comme c’est l’usage de la tradition marocaine, par de grandes fêtes à la maison et au mssid; l’école coranique, pour le parachèvement deux fois de la soulka. Sa façon de psalmodier le saint Coran est exceptionnelle, il la tient de son propre père. Jeune adolescent, quand il psalmodiait d’une voie harmonieuse, des passages du Coran, à l’aube pendant le mois du Ramadan, les voisins immédiats demanderont à ses proches de laisser ouverte la fenêtre de sa chambre pour que sa belle voix parvienne jusqu’à eux.
Son père qui prend en considération l’éducation de ses enfants commence à l’initier à l’apprentissage de la langue arabe, des principes généraux de la religion et il l’inscrit à l’école des notables de la ville où il fit ses études primaires de façon satisfaisante. Il intégrera par la suite le Lycée français de Tanger puis Le collège Moulay Youssef de Rabat. Il obtiendra un baccalauréat scientifique avec mention bien.
D’une grande intelligence, il montre tout de suite une forte personnalité hors du commun. Important jeune membre du Parti de l’Istiqulal de Tanger, grâce à sa sagacité, il devint très vite un leader et un meneur éclairé de toute la jeunesse de la ville des années 50 à laquelle il inculqua une formation politique, morale et civique.
Comme son grand frère, sidi Mohammed Rachid est conscient de la situation vécue par le Maroc mais, contrairement à celui-ci, qui se bat par la parole, l’écriture et la poésie, Rachid est l’homme des idées démocratiques révolutionnaires pour l’époque, c’est un homme d’action qui agit par des actes positifs. Après des stages de l’ecole de la Police Marocaine Nationale en France et en Angleterre, il accède au cabinet de la direction générale de la police à Rabat au grade de commissaire, poste qu’il occupa pendant quelques années. Pour des raisons politiques, il s’expatrie en Algérie puis en France. Après avoir obtenu un diplôme couronnant ses études de droit islamique et un autre de journalisme.

Sa première épouse, une marocaine; Badi’a El Hadj Nassar, avec laquelle il aura une fille appelée Ihssane, appartient à une grande famille de Tanger. Comme son époux, elle fait partie de l’élite politique de la ville, elle devint la cheftaine des scouts féminins un rôle important dans la jeunesse tangéroise qu’elle occupa à côté de Zoubida, la sœur de si Rachid qui est à la tête des jeunes filles de la ville. Mais les manigances de ceux qui le poursuivirent durant sa vie d’exil, vont le séparer de sa femme pour rendre sa vie d’exil plus dure. Il épousera dorénavant, une française avec laquelle il va avoir une fille nommée Hind et il continuera avec sagacité sa vie.
SIDI MOHAMMED EL BACHIR SKIREDJ

Il vint au monde à Tanger, le 26 mai 1939. Il est actuellement, sans aucun doute, l’un des plus grands acteurs marocains de son époque.
Après des études primaires à L’école Des Notables et d’autres secondaires au Collège Moulay Youssef à Rabat, il accède au lycée français de Tanger, puis aux grandes écoles d’art dramatique de Paris. Il étudiera le cinéma et ses techniques aux USA et fera ses preuves dans cet art, dans les deux stations cinématographiques acquises avec sa seconde femme Suzanna Jaramillo. Grâce à sa sagacité et à ses facultés dans le domaine du théâtre et du cinéma, il va transformer et embellir, durant une dizaine d’années, l’une après l’autre, les deux stations avant de les revendre à des prix faramineux.
A 14 ans, après avoir animé au paravent et avec un grand succès les fêtes de fin d’années au Collège Moulay Youssef à Rabat et au Lycée Français de Tanger, il va jouer le rôle hilarant d’Harpagon de Molière qu’il a adopté lui-même à l’Arabe, au théâtre Cervantes de Tanger, devant un parterre admiratif de toutes les autorités de la ville, des représentants de toutes les nations résidant à Tanger et devant des journalistes internationaux qui feront l’éloge des capacités théâtrales et du rôle assumé avec maestria et compétence du jeune et talentueux acteur et adaptateur du grand Molière, au Maroc.

Il vit partagé entre son pays le Maroc qu’il chérit par-dessus tout et les USA qu’il a appris à respecter et à aimer également. C’est un bon peintre connu par ses miniatures. C’est un comédien célèbre, un conteur né, un clown qui a fait rire et pleurer des générations de marocains. Au début de l’Istiqulal, à la Renaissance du théâtre marocain, et dans la troupe nationale de ce théâtre il joue de façon excellente un grand nombre de pièces de théâtre. Il compte aujourd’hui, parmi les plus grands noms de ce théâtre dont il fut l’un des premiers promoteurs. Il a joué un nombre de films cinématographiques aussi bien au Maroc qu’aux USA.
L’un de ses rôles importants est sans doute celui interprété dans le film : A la recherche du mari de ma femme, dans lequel son jeu, ses mimiques, son hilarité et son interprétation ont été excellents.


Mais son chef-d’œuvre personnel, un film qu’il a écrit, joué et interprété est son dernier film : Il était une fois, il était deux fois. C’est un film réfléchi, à tendance soufie que malheureusement les concurrents de Bachir, jaloux de ses performances et de ses grandes capacités, ont dénigré, aidés par des moyens de diffusion importants. Ils n’ont su ni comprendre le film ni l’apprécier à sa juste valeur. Ils ont occulté l’avis du public marocain qui n’a pu se faire lui-même une idée du film, un film qu’ils n’ont pas pu voir, faute de manque de salle et de distributeurs attitrés. Salwa est le nom de sa fille unique, une artiste peintre confirmée et spécialiste de la rénovation des objets d’art anciens, au même titre que sa propre mère Linda Amstrong.
Bachir l'ecrivain pieux
Bachir n'a pas écrit seulement dans le domaine du théatre, du cinéma et du rire, mais également dans celui du religieux. Il a rassemblé dans ce fascicule des priéres puisées dans le saint coran et dans le hadith.
SIDI MOHAMMED ABD ESSAMAD SKIREDJ

Il est né à Tanger, le 10 avril 1942 et décédé en 2003. Que Dieu le garde en sa miséricorde. Après L’école des fils de Notables où il fit ses études primaires de façon satisfaisante, il devint interne au Collège Moulay Youssef à Rabat puis continua ses études supérieures à Fès pour obtenir un haut diplôme d’études Commerciales. Après avoir occupé à La Banque du Maroc à Rabat, un poste d’importance, il va s’installer à Tanger pour s’occuper de l’administration commerciale de quelques sociétés. Avec lalla Habiba Skiredj son épouse il a sept enfants: lalla Bachira, Houda, sidi Ahmed, Sakina, Hamza, Rachid et Habiba.
ZOUBIDA SKIREDJ

Ecrits et publications
En 1986 : Rimbaud et la rhétorique dans les Illuminations
En 1987 La nourriture dans Madame Bovary
En 1988 Les éléments de la tradition orale populaire dans Harrouda de Tahar ben Jelloun.
En 1958, vingt jours avant son mariage avec le docteur Mohammed Hassar, elle obtient la seconde partie du baccalauréat français, section de Bordeaux, au Lycée français de Tanger ainsi qu’un brevet d’Arabe classique. Elle parle et écrit l’Arabe, le Français, l’Espagnol et l’Anglais. Plus tard, après avoir marié sa fille ainée et aidé ses trois autres enfants à s’accomplir, elle peut à nouveau, se consacrer aux études.
En 1984, elle obtient une maitrise en littérature française avec une mention bien. Elle est lauréate de la section littéraire française. Avec tous les lauréats du Maroc, dans les autres matières d’études, elle a l’honneur d’être reçue au palais royal de Rabat, par sa majesté le roi Hassan II qui tient à entourer de sa bienveillance la jeunesse du Maroc.
Pendant trente ans, elle écrit des articles dans L’Opinion culturel du vendredi. Un grand nombre d’articles abordent les questions cruciales du moment. Ils sont consacrés à la femme, à son émancipation au Maroc et à la jeunesse avec les nombreux problèmes qui se posent à elle.
Des études sérieuses font connaître des institutions comme la Bibliothèque Sbihi de Salé, la technique cinématographique de Moumen Smihi, les œuvres littéraires de son oncle sidi Abdel Quader Smihi et la plupart des auteurs de la littérature maghrébine.
En critique littéraire, elle s’attache à analyser les œuvres des auteurs marocains et maghrébins, mettant en valeur leur conception d’écriture et la nouveauté qu’ils apportent dans la littérature maghrébine et dans la littérature française en général.
UNE JEUNE FILLE DU MAROC COLONISE

J’ai 6 ans et je suis la plus jeune de la classe. L’école des filles de notables est notre école primaire. Les cours sont donnés dans l’actuel Musée de la Kasbah à Dar El Mekhzen. Les classes sont dispensées dans des pièces plutôt sombres. La classe principale ne regroupe pas plus de sept filles toutes d’âges différents, la plus âgée a au moins 13 ans, elle vient en classe vêtue d’un hayek immaculé blanc, la tête enroulée complètement dans un foulard en hayati, également blanc.
Le Maroc est un pays colonisé. L’enseignement est dispensé en langue française. La directrice est mademoiselle Godiani, une vielle fille, revêche, autoritaire, un cœur sec. Le cours d’Arabe n’existe pas à l’école, il a lieu dans un autre établissement, une vieille maison située non loin du Petit Socco et où habitait les Nahons ; une famille juive des plus riches de Tanger.
Il comprend l’apprentissage des premières sourates du Saint Coran. La fquiha est une femme d’un certain âge. A travers les leçons coraniques, elle nous apprend à lire et à écrire l’Arabe classique sur une planche en bois ; el louh, selon l’ancienne méthode de l’enseignement coranique de la jama’.
C’est ici, que nous allons commencer à apprendre les hymnes et les chants patriotiques nationaux (el anachid el watania). C’est mon père qui écrit les paroles des chants patriotiques. Il m’en donne une copie de sa belle écriture en grandes lettres espacées et j’apporte à la fquiha les poésies qui vont devenir des chants exaltants et entrainants. La fquiha sans s’en rendre compte, joue un rôle essentiel dans l’éveil national des filles de Tanger et de leur mère, puisque ces chants vont faire le tour de la ville et de ses environs..
Mais, tout est à mots couverts que l’on chuchote à voix chevrotante, sourde, grondante, à demi-mots. C’est là également que j’assume mes premiers beaux rôles de cheftaine d’avant-garde. Je connais par cœur la poésie écrite par mon père, et, à la maison, mon frère ainé sidi Mohammed a fait donner au texte et par ses camarades, un rythme et une résonance, c’est maintenant un chant prêt à être chanté. Avant la fin du cours, la maitresse me fait signe, je me mets en face des autres élèves et l’apprentissage du chant commence.
Cela m’a donné une confiance en moi et une aisance à prendre la parole facilement et au milieu d’une foule. Je n’avais pas encore 7 ans quant j’ai récité un condensé de la sirra nabaouia, au milieu d’un grand nombre de femmes de Tanger réunies dans la maison des chorfas Ahl Ouazzan, à l’aube et à l’occasion d’un Mouloud echarrif, à la naissance du prophète sidna Mohammed, que le salue soit sur lui. Cela m’a fait connaître et être dorénavant invitée régulièrement au palais royal de la grande montagne, par la princesse bien aimée des tangérois Lalla Fatima Zahra fille du roi Moulay ‘abd el ‘Azize ; Cela m’a préparée à dire haut et fort un grand discours au milieu d’une foule de watanis réunis à l’occasion d’un aid national, par la suite. Cela a fait de moi la combattante et la militante que je fus pendant longtemps.
A l’école primaire, les institutrices de l’école française, sans pour cela nommer la religion musulmane s’appliquaient à nous dérouter en nous inculquant d’autres valeurs que les nôtres. Leur discours magnifiait la laïcité. Elles enjolivaient leur civilisation qu’elles voulaient nous faire assimiler au mépris volontaire de notre Moi et de notre identité. Elles s’ingéniaient à détruire notre culture, à rayer la langue Arabe de notre enseignement. Ainsi la langue dialectale devint une langue instituée possédant une écriture propre qu’on nous a fait apprendre et que l’on a fait imposer à l’examen du baccalauréat section de Bordeaux.
Ainsi ni le Saint Coran ni la langue arabe n’étaient inscrits dans notre programme. Celles qui voulaient suivre ces matières devaient se lever de très bonne heure et prendre sur leur temps pour faire cette étude ailleurs. L’enseignement coranique était laissé pour compte, de côté et n’était nullement pris en considération. On devait se débrouiller seules dans nos familles pour acquérir les principes de base de notre religion. Nous apprenions l’Arabe et surtout le Saint Coran chez la fquiha qui donnait des cours payants dans un autre établissement loin, bien loin du nôtre, entre 6 heures et 8 heures du matin.
Les élèves n’avaient pas le droit de parler de la religion musulmane à l’école ni de faire la prière aux moments de la récréation. On nous faisait répéter « l’école française est laïque ». Les maitresses mettaient leur point d’honneur à nous expliquer les bienfaits du principe mais, nous refusions d’instinct et au fond de nous-mêmes de comprendre, d’accepter ou d’adopter leur point de vue. Comment osait-on avoir l’audace et l’impertinence de parler d’une école laïque dans un pays musulman ?.
Mes parents ne l’entendaient pas de cette oreille là. Mon père exigea que j’aille d’abord chez la fquiha à 6 heures du matin. Il me dit « si tu as envie réellement de te cultiver, tu te réveilles de bonheur, juste après la prière du fajr. Tu vas de 6 heures à 7 heures 45 chez la fquiha et de là, tu te diriges vers l’école française. Ma nourrice Imma, la meilleure des femmes, m’accompagnait à l’école de la fquiha et faisait avec moi la moitié du chemin vers l’école française, jusqu’au moment où je rencontrais mes camarades, elle revenait sur son chemin vers la maison.
Pour m’aider à me cultiver en Arabe, ma mère me faisait apprendre par cœur de longs morceaux de textes arabes et des poèmes que je récitais perchée sur un tabouret. Elle me faisait répéter nous sommes musulmans, notre religion est l’Islam, notre langue est l’Arabe, une très belle langue, la langue de notre Livre, le Saint Coran. C’est par des actes pareils que la résistance commença à notre niveau, c’est le premier pas vers une prise de conscience. L’incitation vers une laïcisation nous poussa à briguer notre appartenance à l’Islam, à nous attacher à la langue arabe, à ses valeurs traditionnelles et à la notion de patrie, de Royauté et de Nation Arabe.
Où est l’enthousiasme qui animait les âmes, les esprits, les cœurs et les corps, qui fondait les espoirs et les fortifiait ?. Notre génération a vécu des moments exaltants et inoubliables. La jeunesse rêvait d’un Maroc indépendant débarrassé des sangsues, de tous ceux qui profitaient des richesses et des bienfaits du pays. Elle n’avait alors qu’un seul but, redonner aux marocains la vie digne qu’ils méritaient. Les gens se demandaient pourquoi étudier la langue de notre colonisateur ?. Mon père nous disait « il faut parler la langue de l’étranger à la perfection, étudier les principes de la liberté qu’il ressasse pour le battre sur son propre champ de bataille si ce n’est que de façon culturelle ».
A ce moment nous portions encore la jelaba et le voile. Celui-ci consistait en un foulard carré, léger plié en deux dans son sens large en diagonal et porté au dessous du nez, masquant le visage et noué sur la tête. C’est comme cela que je partais au lycée français. Arrivé sur place je laissais ma jelaba chez la concierge et circulais dans le lycée en robe comme les autres filles. Les classes étaient mixtes, les élèves appartenaient à plusieurs nationalités et à toutes les confessions. Nous vivions ensemble sans préjugés ni idées de racisme. Cependant la fille de la concierge qui s’asseyait à côté de moi, ne me portait pas dans son cœur, elle s’arrangeait toujours pour me pousser pour me faire tomber du bang, pendant longtemps je ne prêtais aucune attention à ses agissements mais, un jour elle me poussa si fort que je tombais avec fracas amenant avec moi mon cartable et toutes mes affaires scolaires, ce qui fit un grand bruit qui attira l’attention du professeur de Français mademoiselle Chaploux, celle-ci explosa accusant la fille de la concierge de raciste mal élevée, lui assurant que sans sa mère qui était une employée modèle elle ne serait jamais arrivée à occuper le bang à mes côtés. Elle fit mon éloge et loua mon travail et mes capacités montrant que les marocains étaient en études les supérieurs de leurs camarades et les dépassaient dans leur propre langue.
Mais, vint le moment où la jeune fille tangéroise comme sa sœur du reste du Maroc, pour suivre l’élan d’émancipation féminine fut obligée d’enlever la jelaba, le voile et de sortir à l’européenne. Ce fut pour nous un grand événement marquant et un tournant décisif. Les gens d’un certain âge n’étaient pas d’accord et criaient au scandale, ils ne comprenaient pas pourquoi la fille d’un grand ‘alem de la ville, un musulman pouvaient suivre ce courant d’émancipation et faire fi des principes religieux qui demandaient à la femme d’être voilée. Le saint Coran était clair à ce sujet. Deux versets coraniques : sourat Annour, chapitre 18, verset 40 et la sourat Al ahzab chapitre 22 et verset 56 stipulent que la femme devait se couvrir le corps et la tête ne montrant ses atouts féminins que dans l’intimité et seulement à son époux. S’adressant au prophète, le Coran annonce « Dis aux croyantes de se couvrir la gorge et la tête et de ne montrer leurs atouts que dans l’intimité à leur mari », « Dis à tes femmes, à tes filles et aux femmes des croyants qu’elles se couvrent ».
Mais, l’élan d’émancipation féminin devait oser et braver. Et c’est ce que nous fîmes pendant des années, jusqu’à ce que le pays soit sorti de l’ornière et devint indépendant. Un contre courant intervint alors, pour un retour aux sources et vers la voie de l’Islam.
Je me trouvais en ce moment là à la faculté à Rabat où je faisais des études de littérature française. J’étais mariée, j’avais des enfants mais, ayant marié ma fille aînée, je voulais faire des études plus avancées. Depuis un certains moment déjà, je me sentais gênée de sortir la tête découverte et de montrer mes atouts aux autres. Sans préalable, une après midi je mis ma jellaba, me couvris la tête et le cou d’un foulard léger et je partis aux cours d’Arabe à la faculté. Mon mari ne fit aucun commentaire respectant ma décision. Je rends grâce à Dieu de m’avoir guidée vers le droit chemin. Quelques années après, j’ai eu l’envie irrésistible d’embrasser la voie des tijanis qui m’apporte un grand réconfort et une tranquillité.
Dès mon jeune âge, aidée dans ma formation par les idées éclairées de mes parents la fquiha lalla Habiba Smihi et mon vénéré père el ‘alem sidi Mohammed Skiredj et bien avant l’Indépendance du pays, j’ai consacré toute mon enfance et ma jeunesse à militer au sein du parti de l’Istiqulal pour me réaliser et aider la femme tangéroise à s’émanciper.
Malgré l’effort fourni pour suivre et réussir les études au lycée français de Tanger, il fallait s’occuper du côté social et politique et œuvrer intensément pour accomplir les tâches multiples du renouveau féminin et de l’émancipation de la femme à Tanger. Un petit nombre de femmes représentait l’élite féminine de la ville, j’étais parmi elles et je représentais la jeune fille tangéroise. La tâche était énorme et nouvelle. Je faisais partie de tous les comités des associations marocaines, musulmanes et des associations marocaines juives. Nous étions présentes à toutes les manifestations de la ville, aux réunions du parti, aux diverses occasions où l’élément féminin devait être représent. Nous recevions de façon officielle avec les autorités de la ville, les personnalités de passage, sa majesté le roi et leurs altesses les princesses royales.
Les Moussaîrat, toutes appartenaient au parti de Istiqulal. Elles avaient besoin d’être orientées et guidées. 200 jeunes filles dont je possède encore des photos, accomplissaient sous ma direction toutes les tâches essentielles. Les plus aptes donnaient le soir après la fermeture des écoles, des cours d’alphabétisation. Parmi elles il y avait ma mère une des rares femmes qui était une fquiha. Ces cours étaient suivies assidument et avec un grand sérieux par des femmes qui n’avaient pas fait d’études. Elles étaient nombreuses et toutes très motivées. Tanger était en ce moment là, la première ville du pays à réussir des miracles dans ce domaine essentiel et capital. Quand il s’agissait de réunir des fonds pour les bonnes causes pour fonder ou faire marcher une institution de bienfaisance, les jeunes filles étaient les premières à se presser parmi les volontaires dévouées. Que de peaux de moutons ont été rassemblées, traitées et envoyées en Algérie qui se débattait dans d’autres situations plus graves que celles du Maroc.
Les femmes de notre famille et parmi elles ma mère, ma sœur lalla Khadouja, sa belle fille lalla Fatima Zougari, la femme de mon oncle sidi ‘Abd Slam Smihi lalla Assia, Guennoun et un nombre de tangéroises ont réuni des fonds pour fonder et constituer l’association el Mouhcinate qui a marché convenablement pendant des années. Dans la maison del Mouhcinate située au Marschan, une belle et grande maison, étaient regroupées des fillettes surtout des orphelines ou des enfants en bas âge de familles très pauvres. J’assumais la fonction de première secrétaire et celle de la responsable de l’ensemble de l’institution. Je ne voulais pas être nommée présidente à cause de mon jeune âge et du grand nombre de femmes âgées de grandes familles qui faisaient partie de notre association. J’accomplissais la tâche de la direction et les femmes avaient chacune, à tour de rôle, une ou plusieurs tâches à fournir. Il suffisait d’établir un programme, de veiller à son exécution pout que les choses s’accomplissent comme par miracle. Il fallait des ménagères, des cuisinières, des femmes pour laver, les petites filles, les habiller et leur donner le biberon. Tout cela devait marcher sans dépenser un argent qu’on n’avait pas encore.
Mais il faut le dire, les responsables aux fonctions les plus importantes de la ville nous aidaient et facilitaient nos démarches et nos exigences. Le gouverneur de la ville qui était en ce moment là le docteur ben Jelloun nous aidait et nous encourageait. Il nous octroya une subvention. A mesure que les dons se faisaient plus importants et plus réguliers on modifia l’organisation des choses et on paya des femmes attitrées pour accomplir les tâches sous la surveillance et la direction des femmes de l’association.
Quand sa majesté le roi sidi Mohammed ben Youssef visita Tanger en 1957, il établit généreusement un chèque de 250000 francs en mon nom pour aider notre jeune association. Des étrangers qui passaient par Tanger ou y habitaient ainsi que des juifs marocains donnaient également des dons à el Mouhcinat. Quand je me suis mariée et que j’ai quitté Tanger j’ai tenu à ce que le chèque de sa majesté reste dans la caisse de l’association.
Les orphelines del Mohcinat ont toutes fait des études et elles se sont mariées les unes après les autres grâce à la bienveillance des femmes de Tanger dont le dévouement a toujours été exemplaire. Les femmes membres del Mouhcinat qui ont élevées les petites orphelines comme leur propres filles se occupées de les doter de trousseaux, de bijoux et de les marier dans leur maison, assumant les frais. A Tanger, chez nous à la maison, les jours de fêtes, notre salon du bas se remplissait par les membres de la famille et des filles del Mouhcinat mariées qui amenaient leurs enfants pour présenter à ma mère leurs bons souhaits. Une des filles de notre institution s’est mariée avec un garçon de notre famille, elle est toujours dans notre famille. Dieu récompensera les membres de l’Institution el Mohcinat pour tout leur dévouement et leur générosité.
DOCTEUR SIDI MOHAMMED HASSAR

C’est l’un des deux premiers chirurgiens dentistes du Maroc. Il est diplômée de la faculté de médecine de paris. Membre correspondent du groupement international de recherches scientifiques en stomatologie. Il a joué un rôle dans la résistance du Maroc contre les français quand il était étudiant à Paris. Plus tard, son cabinet dentaire à Casablanca, était le siège de rencontres des résistants actifs. Il a été menacé de mort à plusieurs reprises par les Français. Sur le pare brise de sa voiture il trouvait des messages de menace de mort. Il servait les résistants qui avaient pris Tétouan pour lieu de séjour, il leur passait de l’argent pour faire vivre les membres de la résistance et pour se procurer des armes jusqu’au jour où les Espagnols, à la douane l’ont mis à nu et à sac et lui ont tout pris.

Au début de l’indépendance et jusqu’à sa mort, il a été à la tête de plusieurs associations culturelles et caritatives. Il a été président à Khouribga, de l’association du croissant rouge, de l’association du Lyons club, de l’association du Rotary club et président de l’association des juifs de tout le Maroc. Pour servir le pays et sur la demande de feu le grand homme d’état si Balafredj, il a abandonné son cabinet dentaire de Casablanca qui marchait très bien pour passer 10 ans de sa vie avec sa famille à Khouribga où il a fait l’une des plus importantes recherche et découverte sur le Darmous, une affection dentaire propre aux sites de gisements de phosphates. Dans ce domaine, il a publié un grand nombre d’articles sur le sujet conjointement avec des savants belges dont le professeur Brabant. Il a rendu publique les résultats de ses recherches, pour protéger et mettre en garde la population en contact avec les gisements de phosphate et surtout pour prévenir les effets nocifs du darmous qui attaque les os du squelette humain et les dents des enfants en les rendant progressivement noires avec l’âge.
Durant son passage à Khouribga il a donné à la ville, lui et sa femme, le lustre d’une cité culturelle et citadine. Le jour où il a voulu quitter la ville les étrangers qui travaillaient au centre phosphaté, médecins et ingénieurs une partie importante de l’élite de la ville ont quitté également le centre.

Pendant la semaine, il s’activait à animer l’élite de la ville et durant le week end, il sillonnait les routes pour rejoindre les membres de la famille pour se ressourcer, voir ses parents, ses frères et sœurs et maintenir durables et solides, les liens familiaux importants. De cette façon il pouvait assister aux occasions importantes de la famille et des amis et continuer à mener de front sa vie professionnelle et les activités importantes culturelles qui enrichissaient sa vie et dont il ne pouvait se passer. Sa vie familiale et professionnelle était des plus harmonieuses et les plus belles.
D’une grande culture, il s’intéressait à l’histoire du Maroc en général et celle de Salé en particulier. Il a traduit de l’anglais à l’Arabe et de l’Anglais au Français, l’histoire de Salé écrite par Kenneth L.Brown.
Depuis qu’il a commencé à habiter à Rabat, il a passé une grande partie de ses loisirs avec son cousin maternel sidi ‘Abd Allah Sbihi à la bibliothèque des Sbihi de Salé. C’est lui qui a mis à la disposition de sidi ‘Abd Allah Sbihi, les manuscrits de L’histoire de Tanger Riade el Bahja fi akhbar Tanja, livre de son beau père, feu el ‘alem el hadj Mohammed Skiredj.
Son père est si EL Hadj Abdel Allah Hassar connu pour ses œuvres de bienfaisance et sa mère est el, Hdja lalla Rquilla Sbihia fille d’el ‘alem Sbihi l’un des deux pachas de Salé. Celle-ci ’était un membre féminin du parti de l’Istiqulal connu à son époque, par ses actions notables pour l’émancipation de la femme de Salé et pour ses activités caritatives nombreuses et bénéfiques pour la ville de Salé.
