Ses Œuvres

manuscrits

Il ne saurait être question ici, de présenter de façon exhaustive les œuvres entières de l’auteur mais, seulement de donner une image approximative et une idée d’approche de quelques unes, faciles d'accès. Je me bornerai à signaler quelques idées valables pour entreprendre et pouvoir mener à bien des études pouvant faire l’objet de mémoires pour de jeunes chercheurs ou des sujet d’études pour d’autres érudits.

En 1957, el fquih Skiredj prendra une retraite studieuse consacrée en grande partie à l’écriture de ses œuvres et à une érudition rigoureuse. Malheureusement ses nombreux livres à part deux ou trois, faute de moyens, vont rester sous forme de manuscrits. Il a, à sa disposition et sous la main, une importante masse de documents à exploiter, ramassée au cours de longues années à force de travail. Il a une grande et belle bibliothèque dont les différentes parties trouvent logis, en plus d'une pièce approprié, en de vastes placards vitrés de verres colorés précieux irakiens, aussi bien dans les salons du bas où il travaille une partie de la nuit et à l'aube, qu'au menzah, la pièce vitrée du quatrième étage, située en face de la mer, où il aime se retirer une grande partie de la journée, pour travailler dans le calme et la tranquillité.

L’HISTORIEN DE TANGER


Cortège de sa Majesté le sultan Moulay ElHassan premier, lors de sa visite à Tanger, en 1307 Hijri / 1889 Miladi. Bab ElFahs, Souk Barra de Tanger. C'est une photo faisant partie de l'œuvre historique Riyadh ElBahja fi Akhabar Tanja.

Il avait non seulement le goût mais, le sens de l’histoire. Il s’intéressait au passé pour lui- même. D’abord c’est un homme qui aimait Tanger, la ville où il avait choisi de faire sa vie et de fonder une famille. Il a été encouragé dans cette voie par son cousin sidi Zoubaïr Skiredj un des personnages les plus importants et les plus affluents de la famille Skiredj. C’est d’ailleurs avec la fille aînée de son cousin qu’il va se marier à Tanger, dès qu’il va construire sa maison toute proche de celle de son cousin sidi Zoubaïr.
Tanger est différente à tous points de vue de Fès, sa ville natale, la première ville d’universités, d’intellectuels, la ville de la science, del ‘ilm, dans laquelle il a fait ses études et qu’il n’a quittée que pour venir s’installer à Tanger et sur l’invitation expresse de son cousin sidi Zoubaïr Skiredj.
A un énorme appétit de savoir correspondait une puissance de travail infatigable. Il passait un grand temps de sa vie à emmagasiner dans d’énormes cahiers, hauts et larges, d’une belle écriture aux lettres soignées et élégantes, dans un style vivant, simple et naturel un nombre incalculable d’indications, d’éclaircissements, de témoignages sur ce qu’il voyait, ce qu’il entendait, sur ce qu’il vivait, faisant une véritable peinture des coutumes et les mœurs de Tanger. Il s’adonnait à un véritable travail d’historien passionné.

L’ECRITURE ÉRUDITE DE L’HISTOIRE

Très tôt, il nous le disait, il a senti grandir en lui l’évocation d’un historien. Tout est pour lui un sujet d’intérêt. Il note le renseignement, le trait particulier, il écrit la chose et la souligne, il essaie d’expliquer, d’éclaircir son idée, son observation. Son champ d’investigation est important, il le sait, un autre Skiredj, son ainé de quelques générations, a écrit l’histoire de Tétouan. Celle de Meknès est entrain de l’être par son grand ami moulay Abd Errahman Ibn Zaïdane auquel d'ailleurs il prête main forte dans cette tâche ardue. Lui, il fera l’étude historique de Tanger, un champ encore inexploré. Tanger est une ville ancienne dotée d’un passé riche, une ville unique, à découvrir et à faire découvrir aux autres. L’histoire érudite est basée sur la documentation, elle est bien servie par la clarté et l’unité.
Dès après la prière del fajr, à l’aube, il travaille sans relâche, il complète son information par des recherches, des investigations dans d’anciens écrits, dans les documents des consulats étrangers de la ville. Le consulat de Hollande où il travaille favorise et encourage son travail. Il fait des enquêtes successives, amasse des renseignements, les travaille les compulse, il s’arrête sur chaque fait, le prend en considération, l’observe, l’analyse. Son travail reflète l’enthousiasme de la jeunesse passionnée, c’est une écriture érudite de l’histoire.
Esprit logique et rationnel, mathématicien et géographe, il s’adonne à une histoire scientifique, il a le goût des connaissances vraies. Doté d’une curiosité intellectuelle en permanence dans un éveil, il va peindre les mœurs de ses semblables. Il aime Tanger et il travaille des années sur son histoire. Riad el bahja fi akhbar Tanja, un livre d’une grande portée historique.

RIAD EL BAHJA, L’HISTOIRE SCIENTIFIQUE

manuscritsRiad el bahja fi akhbar Tanja, une monumentale étude sur l’histoire de Tanger est le chef-d’œuvre del hadj Mohammed Skiredj qui devait comprendre plusieurs volumes dont il n’a pu réellement achever que les trois premiers. Il illustre la conception d’une documentation exacte et précise montrant un penchant certain, vers la science historique. Il restitue de façon fidèle les faits authentiques relatés et donne des lieux, une description exacte, C'est ainsi qu'on voit devant nous s'étaler et vivre la ville avec ses marchés, ses hammames; bains maures multiples, ses hôpitaux peu nombreux encore, ses écoles qui ne sont pas encore mixtes, les remparts de la ville solides et majestueux, les boulevards aux larges artères modernes, les rues, les ruelles enchevêtrées de la médina, les fours publics, espaces sombres et grouillants des quartiers, le port de la ville et les monuments historiques, les palais des rois et des grands du monde.

La vie culturelle à laquelle il a largement participé et qu'il a animé est également vue du point de vue du 'alem et du fquih. Il a retracé avec bonheur et enjouement la vie des hommes du savoir, celle des personnalités religieuses qu'il a connu et dont il a partagé une grande partie de la vie culturelle, sociale et religieuse. C’est ce qu’on appelle l’histoire scientifique. Ce sens de la véritable histoire, un sens très poussé de l’histoire se voit dans la couleur locale des lieux décris avec minutie, dans un regard réfléchi et des moyens scientifiques.
Que ce soit l’évocation d’un monument, d’un lieu ou d’une rue, l’auteur fait appel à la mesure exacte, au nom réel, à la propre nature de la pierre utilisée ou du matériau de construction employé. Les notions de distance, de hauteur, de profondeur, de perspective, de couleur évoquent toujours la réalité des lieux, des faits et des êtres. C’est un témoignage fidèle rendu de façon honnête et probe.
Quand il décrit les événements du passé, le récit rapporté vise l’exactitude et la vérité. Ce qu’il nous raconte est dit de façon agréable mais surtout sérieuse et évocatrice d’un passé vécu ou d’un vécu passé. Dans le texte, l’historien prend le pas sur l’homme de lettres sur le poète. C’est une histoire des faits, dite avec clarté et objectivité.
Les faits sont exposés de façon vivante, ils sont expliqués, commentés et nous sommes poussés à nous poser des questions sur le pourquoi et le comment des choses et en profondeur sur le sens de l’histoire. On trouve dans le déroulement des événements et la succession des faits relatés, la volonté de dire simplement ce qui s’est passé, de faire ressurgir le passé, de le ressusciter. C’est à travers l’écriture, l’analyse, l’explication que l’on sent l’évocation de l’historien.
La forme de l'œuvre compte; La prose comme la poésie apporte la clarté, la précision, la concision plus que l'abondance ou la richesse du vocabulaire trait essentiel de la langue arabe.

LE STYLE DE L'HISTORIEN

C'est une narration simple et claire, c'est un historien de profession qui s'appuie sur la clarté et les notations exactes du fait. Il sait donner à la description le relief de la réalité. Le document historique, dans sa précision et son exactitude est d'une remarquable sincérité. Joint à la justesse du trait, il possède le sens de l'histoire. Il n'y a aucun étalage d'érudition. On admire la force du style, l'éloquence. Le livre n'a pas été composé de manière suivie mais travaillé d'après un plan prés-établi.

L'auteur corrige, retouche sans cesse le texte, le développe, le complète, le recopie; Observateur attentif au sens critique aigu, il possède la largeur de vue de l'historien. Il a fait de Tanger de la première moitié du siècle une fresque vivante, étalée soit dans les lettres à son ami sidi El Bachir Affaïllal, soit de façon académique dans son livre dans lequel il montre le goût dominant du temps plus que l'enchevêtrement des faits historiques. C'est toujours l'espace réel décrit avec minutie qui accapare l'auteur donnant l'importance jusqu'au plus petit détail.

L'intérêt de cet écrit est surtout dans les objets de l'étude dont la documentation est scrupuleuse et rigoureuse, il est également dans les qualités d'exactitude et de précision adaptées à l'histoire, il est dans le style aisé, simple et clair

Quand il parle des hommes, il les décrit, mettant en valeur leurs caractéristiques, fouillant leur vie à la recherche de leurs qualités. Il met l’accent sur le rôle des individus, le but vers lequel tend leur vie, sur le bien qu’ils accomplissent et les valeurs qui les motivent. L’auteur généreux au cœur de poète ressent pour les hommes décrits, une grande et chaleureuse sympathie. Il s'attache à faire revivre la société complexe de Tanger, son site intégral mettant en valeur les monuments religieux, décrivant minutieusement les mosquées, les zaouias, évoquant leurs rôles dans le social musulman.

En évoquant l'habitant tangérois, il a donné le quotidien marocain aussi bien musulman que juif, les coutumes et les traditions propres au tangérois, au jebli et au rifain

El FQUIH SKIREDJ, UN HISTORIEN TÉMOIN DE SON EPOQUE

Il a travaillé sur des données historiques fiables, sur des archives de textes officiels s'appuyant sur des correspondances et des écrits rédigés par des personnes qui ont vécu, parfois participé aux évènements relatés.
Lui même, c'est un témoin de son époque qui a bénéficie de documents privés inédits. Ses fonctions consulaires et makhzéniens ont nourri et facilité sa tache lui permettant de compulser des documents officiels importants.
Le fait d'avoir participé à la rédaction de l'histoire d'Ibn Zaydane à servi de façon efficace l'ecriture de son histoire de Tanger.
Témoin de son époque, il a donné des descriptions minutieuses sur Tanger, ses monuments, ses lieux de culte donnant un tableau vivant et unique des mosquées et zawiya.

LES CAHIERS DOCUMENTS

Il s’agit ici, d’un des cahiers documents qui a 300 pages. Il est mit en prose et en vers dans une écriture manuscrite très élégante, en lettres minuscules à l’ancre marocaine le « smaque ». De 22 cm de long, il a 16 cm de large et 3 cm d’épaisseur. Les autres manuscrits dans lesquels l’auteur a écrit au propre la plupart de ses œuvres notées en deux ou plusieurs exemplaires, n’ont que 19 cm de long, 15 de large et 2 cm 1/2 d’épaisseur. La couverture des manuscrits est en papier rigide, en carton solide capable de protéger.

Le manuscrit document étudié ici, contient des notes personnelles de toutes sortes, concernant des sujets différents, des informations de tout ordre, des annotations, de dattes d’événements importants marquants et des faits qui vont servir par la suite, à dresser la bibliographie d’une personnalité notable. Il reprend parfois une information pour la développer, la nourrir, l’étoffer et préciser d’avantage les faits notoires rapportés. Le souci de l’auteur est de rester près de l’événement, il note avec précisions les dates et donne des détails sur les conditions des événements relatés.
En plus des faits marquants qui ont jalonnés sa vie, l’auteur apporte ce qui concerne d’autres membres de sa famille. Ainsi les trois premières pages relatent des faits heureux, mariage, naissance, arrivés dans la famille. A la troisième page, au contraire, on trouve inscrite la date de la mort d’une personnalité de la famille ; ssi Zoubaïr Skiredj qui était son cousin et son beau père. L’auteur a assisté chez ssi Zoubaïr à Tétouan, aux derniers moments de sa longue vie fructueuse, décrivant l’événement de façon minutieuse. Ces annotations vont servir l’auteur à l’écriture d’une bibliographie de si Zoubéïr Skiredj, un personnage important qui a laissé ses empruntes dans l’histoire du Maroc. Figurent également dans cette page et dans les suivantes d’autres dates mémoires et d’autres événements à grand intérêt pour la petite et la grande Histoire du Maroc.
Ailleurs, des vers aux accents douloureux et tendres évoquent le décès d’autres parents chers, les grands parents maternels de ses enfants; la mort de la grand mère maternelle lalla Fatma ‘Marti, une femme excellente et bonne et celle en 1942, de son époux, le grand père des enfants, l’érudit et gnostique sidi Ahmed Smihi, personnage important de la première moitié du siècle et qui a joué un rôle actif dans les événements qui marquent l’histoire de Tanger.
Dans quelques pages d’une grande sensibilité, on fait connaissance avec l’auteur en tant que père qui chérit ses enfants. Il pleure la mort de sa fille cadette Rquilla à l’âge de 14 ans, une belle fille aux yeux verts et à la chevelure dorée et qu’il nomme affectueusement Raquoucha . Des verts d’une tendre tristesse disent son chagrin à la séparation avec sa fille Zoubida quand elle se marie avec le docteur Hassar et quitte la maison paternelle « Notre fille Zoubida nous a quitté, nous laissant seuls »...
A la page 45, une belle poésie aux vers d’une fluidité limpide, illustre un événement familial, la construction d’une nouvelle pièce au dernier étage de la maison auquel l’auteur donne le nom de menzah. C’est une pièce oblongue construite à l’image d’une partie d’un navire avec des fenêtres très grande donnant sur l’azur et la mer et des fenêtres sur le mur du côté opposé rappelant les hublots d’un navire. Cette pièce servait dans la journée, à l’auteur, comme lieu de travail et d’écriture de ses œuvres en dehors des moments des repas que la famille prenait dans cette pièce agréable et lumineuse car elle se trouvait située juste sur les cuisines.
C’est ici, qu’il a noté dans les pages 283, 284 et page 381 une remarque concernant ses débuts dans le notariat à Tétouan en 1931 et à Tanger de 1932 à 1936. C’est ici également que l’auteur d’une grande perspicacité constate avec bonheur que son âge avance. C’est d’ici, qu’il adresse ses lettres et missives à ses amis les autres érudits. A la page 18 et 27, il parle de ses beaux frères les érudits sidi Ahmed et sidi ‘Abd Esslam Smihi, frères de sa femme lalla Habiba, tous deux ont fait leurs études à Fès dans l’université Al Quaraouyenne et sont rentrés à Tanger pour enseigner, prononcer les prêches du vendredi et pour travailler dans le notariat. A la page 28, une poésie en l’honneur de sidi ‘ Allal ben ‘ Abd el Mlek est écrite dans une langue simple et avenante. A la page 49 l’auteur dit avec tristesse et compassion la mort d’une de ses connaissances l’écrivain ben ‘Omar el Jazairi.
A la page 158, une lettre pour son ami l’érudit et pacha de Salé, sidi Mohammed Sbihi montre que les deux gnostiques se connaissaient depuis longtemps et tenaient active et suivie une correspondance culturelle et sans jamais le savoir ni l’un ni l’autre qu’un jour ils vont appartenir à la même famille, car sa fille lla Zoubida épousera le docteur sidi Mohammed Hassar neveu de sidi Sbihi. Qui est son oncle maternel. A la page 166, se trouve une poésie sur l’érudit le cadi ‘Arbi Temsamani un ami de Tanger de longue date qui habite une maison non loin de l’auteur, un collègue de notariat et chez qui se passent souvent à Tanger, des manifestations culturelles rassemblant les érudits de la ville du détroit. C’est chez ssi Temsamani que l’auteur déclamera d’une voix harmonieuse et de circonstance, une belle poésie qui chante le retour tant attendu, par tous les marocains, de sa majesté Mohammed V. Dans les pages 364 et 230 l’auteur dédie de belles poésies à son frère sidi Ahmed Skiredj qu’il aimait beaucoup.
Dans les pages 369 et 364, de belles poésies chantent l’amitié de longue date qui réunit el fquih Skiredj et l’érudit ‘Abd Errahman ben Zaïdan l’auteur de l’histoire de Meknes à laquelle l’auteur a contribué passant chez son ami, ben Zaïdan qui venait le chercher lui-même à Tanger et l’amenait avec lui à Meknes, pour de longs séjours de travail et d’étude. Lalla Habiba Smihi, l’épouse de l’érudit Skiredj raconte combien étaient nombreuses et princières les largesses faites par ssi ben Zïdan au foyer du fquih Skiredj quand l’auteur de l’histoire de Meknes venait séjourner chez el fquih Skiredj, l’auteur de l’histoire de Tanger et repartait avec lui et une masse d’écrits sur l’histoire.
Des pages nombreuses portant des poèmes entiers et une belle prose le tout vantant et chantant l’amitié légendaire de deux hommes de bonne volonté sidi el Bachir Affaïllal et sidi Mohammed Skiredj. Tout cela ce n’est qu’une partie infime de ce que comporte ce carnet. Une étude adéquate et valable peut être faite pour révéler mieux encore comme domaines culturels, sociaux, religieux et historiques, les richesses, que de tels cahiers réservent au lecteur. D’autres carnets comme celui-là, non étudiés encore, sont à la disposition de l’érudit qui voudrait bien les étudier et les révéler aux autres.

MÉDITATION ET SPIRITUALITÉ

Une philosophie soufie montre à la page 320 du carnet, les sentiments de l’érudit sur la fuite du temps et du monde et l’évanescente durée de l’homme. La mort reste présente dans l’esprit de l’érudit, à la même page du cahier, il écrit des vers qui sont destinés à figurer sur la stèle de sa propre tombe.
A la page 46, une poésie illustre la valeur du silence favorisant la subtilité de la méditation et de la spiritualité. A la page 43, c’est un événement culturel et historique qui rappelle ses deux visites à la ville de Ceuta pour voir la nouvelle mosquée édifiée par le prince Moulay el Hassan ben el Mehdi et qui envoie l’érudit sur les lieux, pour vérifier la validité de la position de la quibla de la mosquée. C’est une poésie d’une verve exceptionnelle qui recommande au visiteur de la ville d’aller faire une prière dans la mosquée et de demander à Dieu de faire restituer la ville à ses propriétaires marocains.
Le manuscrit est jonché d’idées et de conseils d’une grande humanité surtout d’ordre religieux, moral, social ou historique. Le gnostique donne au lecteur des conseils pour se rapprocher de Dieu. Il conseille au fidèle moumen au moment, de se mettre au lit et dans l’obscurité, de répéter intérieurement sans faire bouger les lèvres « Allaho ma’i, Allaho nadiri » Dieu est avec moi, Dieu m’observe.
Il donne des prières à faire et des litanies à dire pour voir le prophète sidna Mohammed salla Allaho ‘alïhi. A la page 291, une poésie très belle de 32 vers vante et loue les mérites infinis de prophète ‘alayhi assalam. A la page 119, un poème développe une litanie dérivée de la fatiha, la première et la plus importante sourate du saint Coran.

LE VÉRITABLE TIJANI

La poésie et la prose, à maintes reprises, rappellent les sentiments du véritable tijani. A la page 144, des vers illustrent ce que l’érudit recommande au muézin de la zaouia tijania de dire avant el fajr; la prière de l’aube. A la page 390, des poésies vantent avec fougue aussi bien le vénérable chéykh sidi Ahmed tijani radya Allaho ‘anho que son fils à la page 193. Il révèle quelques secrets spirituels du werd et de la wadhifa, litanies essentielles des tijanis. A la page 31, un long poème de 211vers basé sur les lettres de Jawharatou al kamal montre la technicité poétique de l’érudit et les grandes qualités spirituelles et secrètes de sa foi profonde.
C’est dans ce cahier document qu’il va noter des faits exceptionnels qui lui sont arrivés. Il donne des détails minutieux, datant le moment de l’événement et l’heure exacte de sa production. Nous savons que l’auteur compte parmi les hommes qui ont bénéficié de connaissances spirituelles et mystiques percevant certaines correspondances secrètes. Pour ne pas toucher à un domaine qui doit rester un lieu du secret je vais seulement énumérer quelques cas sans entrer dans les détails. Il a vu le prophète sidna Mohammed. Salla Allaho ‘alayhi et sur lequel il écrit une poésie page 291. Il a vu également sidna ‘Issa et sidna El Khader salato Allahi ‘alaïhim.
Le nationaliste habité de sentiments patriotiques écrits mainte poésies pour chanter le retour triomphal de sa majesté Mohammed V dans son pays et occuper à nouveau son trône royal ‘Allaouite. La poésie nationale se manifeste à la page 229, elle célèbre la fête du trône à la page 219. Elle vante le courage du héros Ahmed Raïssouni pendant la guerre du Rif contre les Espagnols. Elle dit son amertume à la page 313qui relate avec tristesse l’occupation de Tanger par les Espagnols en 1940.

LE GÉNÉALOGISTE

Âme généreuse toujours au service de la pensée musulmane, il restait ouvert à la découverte des caractères et des vies des autres. Il donne aux autres tout son temps, montrant leurs capacités, magnifiant leurs actions, louant leurs bonnes œuvres. Il dit son admiration pour étayer la moindre de leurs qualités et avantages, mettant en valeur tout ce qui peut enrichir la personnalité, ventant les qualités et louant les idées et passant sous silence les faiblesses de caractère.

La pensée humanitaire, le souci de l’homme au premier rang des préoccupations, il écrit une généalogie après s’être documenté avec enthousiasme et avec une précision méticuleuse. En généalogiste confirmé, il établit un rapport, il mène une enquête sur chaque individu dont il écrit une bibliographie. Il fait remonter à l’origine, il fait découler la provenance de la famille, rattacher le lignage par le père, rapporter à la parenté. Il admet la personne dans sa nature complexe.
C’est un témoignage sincère et généreux. Son écriture, sur des personnalités, bien nées, des écrivains, des mystiques, apôtres aux forces spirituelles, des amis ou des connaissances, des membres de la famille, parents illustres, révèle une grande richesse de culture et de pensée.
C’est ainsi que sur la demande expresse des membres illustres de ces familles, il a écrit entre autres, la généalogie des nobles ; chorfas, Al Chetwanne, des baqqualis, des oulads ben ‘Jiba, des Mesbahi, des Oulad Mqueched donnant sur chaque famille et ses hommes le maximum de renseignements et de détails, les situant dans le temps et les faisant connaître et apprécier par les autres ne laissant aucun doute planer sur leur origine noble et sur leur lignée authentique. Son écrit dans la science généalogique sur la famille Mesbahi compte une centaine de pages comportant de courts passages ajoutés sur le côté et parfois des vers d’une belle poésie. Il apporte à cette famille avec fortes preuves et situation dans l’espace et le temps, la confirmation de sa noblesse et l’authenticité de ses origines, donnant à l’appui les noms de quelques membres, situant la famille et apportant l’éclairage essentiel de son origine.
Il cite un grand nombre de noms de familles qui ont vécu à Tanger. Les Oulad el ghassal el Mrini sont originaires de Reguragua une des qubayel de de Chyadhma, ils ont vécu à Tanger et étaient parmi les notables de la cité. L’auteur tient ces informations d’un acte adulaire. Les oulad Mqueched sont des Rifains nous apprend-il. Ils sont originaires de Beni Ouryaghel, ils comptent parmi les gens influents de la ville de Tanger et parmi les grandes familles. De Oulad Aselham, l’auteur donne une idée de leur grande respectabilité et les fonctions importantes que les membres de leur famille occupaient. Oulad bousof comptent parmi les gens de bien de la ville, ils étaient très généreux. Oulad ben Yahya sont des gens de qualité et comptent parmi les notables de Tanger.
Oulad Mfarej est une grande famille dont les membres sont connus pour leur savoir et leur culture. Ils sont en relation familiale avec les Smihi. Oulad Temsamani originaires de Temsaman, ce sont des rifains. Si ‘ Arbi Temsamani était cadi de la ville et son fils était connu dans le milieu de la musique. Ben ‘Abd Sadaque sont des gens de grande culture et de civilisation, ils comptent parmi les plus riches de la ville. Oulad Ahardhane, des rifains sont des gens riches et bien vus parmi les notables de la ville.
Oulad Abarhoudi sont originaires du Rif. Ils n’ont pas de relation avec les Abarhoudi qui ont vécu en Andalousie puis ils ont séjourné à Rabat et à Fès. Oulad Oualquadhi As’idi, des notables de la ville dont l’auteur a déjà parlé au par avant. Arrayssouni en relation avec Al maoula ‘Abd Assalam ben Mchiche était fonctionnaire du Mkhzen au temps des rois Moulay ‘Abd el ‘Aziz et Moulay ‘Abd el Hafidh. Il fut fait prisonnier deux fois et était au Rif avec ‘Abd el Krim. Il est connu pour son courage.

LE BIBLIOGRAPHE

L’auteur laissa plusieurs bibliographies dont celle du maître et professeur le célèbre érudit sidi Mohammed ben Ja’far el Kettani. Il donna un aperçu de sa vie besogneuse de grand savant, sur la place importante qu’il occupa parmi les ‘oulamas de sa génération et le grand mérite qu’il a eu dans l’expansion et la diffusion du savoir et dans l’enseignement donné à plusieurs générations de jeunes. Il donna un tableau vivant de sa vie jusqu’à sa mort mettant l’accent sur ce que fut son propre apprentissage auprès de ses maîtres, des matières religieuses, littéraires et philosophiques acquises âprement, il énuméra les œuvres qu’il a écrites.
L’auteur laissa également une bibliographie détaillée et complète sur le grand érudit le chélkh ben Seddique, l’apôtre et le leadeur de la tariqua derquaouiya, qui a été son camarade de cours à l’Université El Quarawiyine dont ils sont tous les deux des lauréats et qui a également vécu à Tanger.
Une autre bibliographie non moins intéressante concerne l’érudit et ingénieur sidi Zoubair Skiredj, l’un des premiers marocains à faire des études à l’étranger et en Angleterre qui fut le cousin et le beau père de l’auteur montrant à l’occasion la vie d’un étudiant à l’étranger et celle d’un homme bien considéré par son milieu aussi bien à Tétouan qu’à Tanger.
L’auteur a également écrit de sa main sa propre bibliographie se rappelant avec nostalgie son enfance, ses études à Fès, aussi bien dans les écoles coraniques qu’à l’Université El Quarawiyine. Il parla avec un grand respect et un dévouement de ses professeurs dont il garda les meilleurs souvenirs et du large savoir qu’ils lui ont patiemment inculqué. Il aborda sa vie d’adulte à Tanger, les fonctions qu’il a occupées, les responsabilités qu’il a assumées, il donna enfin un aperçu de ses différents écrits dont le nombre s’élevait à 60 livres en 1956. En fait l’auteur a laissé plus de écrits dont une partie reste non dévoilée.

L'ART ÉPISTOLAIRE

Il nous reste de l’auteur un grand nombre de lettres. Il était en relation épistolaire avec des personnalités importantes au cours de ses diverses fonctions, ce sont des lettres administratives. Il était également en relation avec quantité d’autres savants, de l’étranger et du Maroc et surtout avec des sommités du vaste Sahara marocain avec qui il entretenait une correspondance nourrie et des amitiés sincères, lettres où il parlait de ses aspirations de ses idées de liberté et d’humanité et où s’affirme son influence bénéfique et son humanisme intelligent, s’élevant contre toutes les formes de l’irrationalisme. Des lettres intimes constituaient une correspondance importante adressée aux membres de la famille, aux amis et à d'autres 'oulamas, des savants comme lui, témoins de leur temps.
L'intérêt de ses écrits est historique, social, psychologique et littéraire. La lecture de cette correspondance nous fait connaître l’homme, sa famille, la société tangéroise dans laquelle il évolue, les secrets précieux d’une correspondance administrative instructive pour l’histoire des mœurs d’une grande partie du vingtième siècle et surtout les événements importants du pays. Les lettres historiques sont des réflexions qui retracent des événements importants du pays et de la société: Il détaille et magnifie les visites royales à Tanger, le discours de sa majesté Mohammed V, demandant l'indépendance du Maroc, le discours de son altesse royale la princesse lalla 'Aîcha et l'élan de l'émancipation de la femme marocaine...

La correspondance entre les membres de la famille donnent une idée sur la famille Skiredj de cette époque, de son niveau de vie, de sa culture, des personnalités qui sont ses membres et des liens solides familiaux qui existent entre les membres de la famille et l'un de ses membres habitant loin d'eux mais, renseignés sur les événements et les intérêts liant les membres. L'étude de ces lettres peuvent à elle seule donner une idée de la personnalité et du caractère des ses membres dont le 'alem Skiredj, son frère el 'alem sidi Ahmed, l'ingénieur et homme politique, ssi Zoubir Skiredj et des jeunes Skiredj titulaires de grands diplômes et exerçant des fonctions d'importance, professeurs, docteurs, ingénieurs; hauts fonctionnaires.

Ses plus belles lettres sont écrites à sidi el Bachir Affaïllal. Un très grand nombre de lettres, une correspondance suivie, conservée avec grand soin chaque lettre gardée dans son enveloppe datée, constitue un moyen d'information notable et intéressant. Ce sont des documents uniques donnant des avis et des sentiments. Ces lettres constituent les écrits entre el Fquih Skiredj et son élève sidi El Bachir Afaîllal. Une grande amitié lie les deux savants et hommes de lettres. Le style très soigné, comporte une belle prose et parfois de la poésie.

Les lettres qui constituent la correspondance de mon père et de sidi Bachir Affaïlal, est un ensemble assez important de leurs écrits qui a marqué leur vie et la nôtre. On peut relever dans cette correspondance, les éléments de textes littéraires d’une écriture brillante et d’une belle poésie inédite. L’histoire intime de deux familles. L’histoire de deux villes; Tétouan et Tanger. L’histoire d’une très longue et une très belle amitié entre deux hommes de bonne volonté qui ont marqué leur temps et qui constituent tous deux, des valeurs sûres de ce pays. Une certaine histoire du Maroc et de ses hommes. L’histoire d’un vécu, d’une réalité franche racontée par deux cœurs sincères.

LE GUIDE PRATIQUE DU COURRIER

Dans l’écrit intitulé Tashil al wassail li inchae arrassail, faciliter les moyens d’écrire les lettres, l’auteur fait en quelques pages, en prose et en vers, un guide pratique du courrier. Il donne des règles simples d’emploi pour faciliter l’écriture d’une lettre et pouvoir mettre à la portée de tout le monde comment correspondre et communiquer par écrit. Il affirme que dans le domaine de l’écriture des lettres, il est impératif d’utiliser des règles de base tracées par les connaisseurs ; Il donne des conseils à suivre et des erreurs à éviter pour faire parvenir un message écrit avec les minimum de paroles et dans les meilleures conditions. Allier l’efficacité à la précision, et la simplicité à la concision. Dire brièvement et exactement l’objet de la correspondance. Ne point adopter un texte rimé difficile d’accès ; Savoir qu’une lettre possède un début, un corps du sujet et une conclusion, mettre les mots à leur place et construire de petites phrases sans prétention d’atteindre le grand style. Savoir également à qui on s’adresse, prendre en considération le correspondant et le placer à sa juste place. L’auteur donne des exemples de lettres écrites.

LA LANGUE ARABE

Ses études à l'Université El Quaraweyenne, le centre mondial des sciences islamiques et du large savoir, auprès des plus grands érudits de son temps le forment et l'éduquent. Il va acquérir la maîtrise de l'arabe qu'il va manier avec aisance mettant généreusement tout son talent au service de sa divulgation et de son expansion. Il a acquis une grande compétence lexicale et en philologie ce qui lui a permis de faire l’étude de la langue arabe, de sa grammaire et son histoire d’après les textes. Il a écrit sur la langue et la littérature arabes, la grammaire, les verbes, la litote, la littérature et la dissertation en arabe. Ainsi dix livres écrits par l’auteur en philologue compétent traitent de façon magistrale l’art et la science de la Langue arabe, de la grammaire et de la conjugaison.

LE POÈTE

El fquih Skiredj a toujours eu l’âme d’un poète, peut être plus que d’un historien. Son histoire, une certaine résurrection du passé a des qualités littéraires et humaines, parfois même sa résurrection du passé s’apparente à une vision. Ses textes dans leur rigueur scientifique qui vise la vérité et parle de la réalité sont jonchés d’images, bercées de rythmes, enflés de mouvements lyriques.

LA LANGUE ARABE ET LA POESIE DIDACTIQUE


Ses études à l'Université El Quaraweyenne, le centre mondial des sciences islamiques et du large savoir, auprès des plus grands érudits de son temps le forment et l'éduquent. Il va acquérir la maîtrise de la l'arabe qu'il va manier avec aisance mettant généreusement tout son talent au service de sa divulgation et de son expansion.

Avant d'être la possession d'un art, le cri de l'âme, l'élan de la sensibilité, le souffle de l'esprit et le pouvoir libérateur de la spontanéité, la poésie répond au vœu de l'auteur de faire passer un message. C'est un moyen didactique et une technique de l'enseignement. Elle rend possible et facile l'assimilation des règles de grammaire ou de langue qui seraient trop rigides sans cet artifice qui modifie pour améliorer et qui aide à faire ingérer. Perfection rythmique obéissant à des règles strictes, une structure architecturale, la poésie est ici de grandes ressources. Elle est avant tout un souci de clarté utilisant un vocabulaire riche mais simple. C'est une technique, un art plastique de grande souplesse. Elle montre la faculté prodige d'une imagination féconde et prolifique. C'est une poésie qui témoigne d'une entière maîtrise de style et de la possession d'un art.

LA POESIE UN ART QUI DOMINE

Partisan de la tradition arabe, le poète compose avec grande facilité. Il est habité par une verve féconde, un souffle puissant, une inspiration continue de tous les instants et de toutes les occasions. La versification un jeu passionnant est une technique dominée, qui possède ressources et maîtrise. Il possède également un autre outil magique; la langue arabe riche et abondante. L’expression poétique juste s’impose d’elle-même, le rythme s’agence, s’anime, gonfle et s’accélère en musique selon l’imagination débordante, la fantaisie et la forme verbale. Le poète est capable d’improviser tout en restant prisonnier de son inspiration, de son art exigeant en composant les morceaux poétiques avec le plus grand soin et une patience à toute épreuve. C'est un artiste qui sait peindre. L'écriture possède des traits colorés; Le style pittoresque allie la variété, la richesse du vocabulaire à la rigueur de la versification
La poésie, témoin de son époque et des événements qui vont construire le Maroc nouveau va glorifier et décrire tous les moments importants vécus durant plus d’un demi-siècle, une bonne partie de sa vie.

L’ELOGE VERSIFIE

Dans cette vaste poésie; d’une profondeur spirituelle el fquih Skiredj a affirmé sa foi en Dieu et fait l’éloge de son prophète. Il a composé de nombreux poèmes d’esprit religieux et de piété sincère en chantant la foi musulmane s’illustrant surtout dans des éloges d’une grande vigueur d’expression et de forme. Poète d’une délicate sensibilité, il a célébré avec des accents émouvants l’éloge du prophète sidna Mohammed salatou Allahi ‘alïhi, en vers pieux d’une ferveur ardente et dynamique. Ici, le poète possède une vigueur de l’expression religieuse mêlée d’une constante spontanéité étonnante. Chez ce poète mystique et philosophe, la vérité sort du cœur en mots sincères et ce qui sort du cœur s’exprime en vers. Les mots et les images s’agencent sans artifice donnant aux vers une grande plénitude. C’est une poésie profonde, grave et sereine. Nous savons qu’avec l’avènement de l’Islam et son triomphe commence à se développer une école de poésie soufie à vocation mystique et qu’aucun poète ne peut se targuer de l’être s’il n’est pas en profondeur un véritable soufi mystique.

LES RECITS DE VOYAGE

L’apport de l’auteur dans le domaine des relations de voyage peut se ramener à quatre principaux domaines : un pèlerinage des lieux saints, un voyage culturel de deux jours à Madrid, une relation d’un voyage touristique et une relation d’un voyage spirituel dans les méandres de la mystique. S’il écrit en général de premier jet, il y a d’admirables parties dans les impressions de voyage dans lesquelles il a surtout le souci des faits précis.

LE PELERINAGE DES LIEUX SAINTS

Comme tous les autres érudits de son temps, el fquih Skiredj écrit des ouvrages de circonstance et de délassements esthétiques, aux impressions personnelles diverses et dans une vigueur descriptive, des récits de voyage et ceux de ses longs déplacements. Il a ainsi laissé une relation de son pèlerinage à la Mecque et sa visite du tombeau du prophète salla Allaho ‘alayhi écrite de façon sérieuse et minutieuse.
C’est un récit authentique qui décrit les étapes d’un pèlerinage des lieux saints en 1934. Il magnifie les lieux saints dans une belle description, montrant les traits essentiels de l’un des plus grands rassemblements des musulmans des années 30, une peinture sobre mais vivante des lieux et des hommes, un hommage rendu aux autorités saoudiennes et à leur organisation de maîtres. Sa renommée de grand ‘alem l’ayant précédée, il put rencontrer les autres érudits et surtout les tijanis parmi eux, venus à sa rencontre pour faire sa connaissance et profiter de son savoir.
Il nous a ainsi fait comprendre comment un musulman qui désire accomplir l’un des ses cinq devoirs religieux procède, pour y parvenir avec l’aide de Dieu. Avant l’accomplissement du pèlerinage, il envoie, avec un autre hadj, aux lieux saints de Médine, une lettre adressée au prophète salla Allaho ‘alayhi, une missive relatant son désir envahissant, son envie grandissante d’accomplir son pèlerinage et lui demande humblement d’intercéder au près de Dieu pour favoriser sa demande et l’appuyer. La lettre envoyée par l’érudit, un morceau de très belle prose terminée par une poésie d’une grande humilité est adressée au prophète en 1933. Si la demande est acceptée et elle le fut pour l’érudit, l’année qui suit el hadj accomplira grâce à Dieu son cinquième devoir de musulman authentique.

ERRIHLA AL MADRIDIA

Un autre récit de tendance culturelle effectué en deux jours en 1940 est décrit sous le titre voyage à Madrid ou Qourratou al ‘aïn bi rihlati yaoumaïn. C’est l’occasion pour l’auteur de dire ce qu’il pense de l’avion comme moyen de se déplacer. Tout est rapporté avec minutie, l’arrivée à Malaga puis à Madrid. Avec tristesse et nostalgie, il se rappelle les grands hommes musulmans, les philosophes et les savants qui ont un jour vécu à Madrid, il décrit l’arrivée à Madrid et l’hôtel Palace dans lequel la délégation marocaine va séjourner, il parle ensuite des membres de la délégation, les hautes personnalités qui la constituent. L ‘arrivée au palais de l’Escurial et son célèbre musée. Parmi ses richesses, un vieux manuscrit arabe sur les bienfaits des herbes et la description des animaux. Un autre manuscrit sur la vie des Andalous musulmans réveille à nouveau les regrets et le souvenir du temps passé.
Ce récit a fait l’objet d’une publication dont le manuscrit a été authentifié et commenté par ssi Guennoun que nous considérons comme un connaisseur spécialisé de la famille Skiredj qui a eu l’occasion d’avoir entre les mains les œuvres entières ainsi que les écrits de notre vénéré oncle sidi Ahmed Skiredj, mises à sa disposition par notre cousin sidi Kabir Skiredj.
Arrihla al madridia ainsi publiée, n’a pas bénéficié de tout l’intérêt dont elle méritait autant sur la vie que sur les œuvres de l’auteur qui devaient être plus importants et plus étoffés. Par contre Rihlat madinat Khouribga dont l’auteur est l’élève del fquih Skiredj el ‘alem sidi el Bachir Affaïllal et qui parle d’un séjour de l’érudit Affaïllal chez la fille del fquih Skiredj Zoubida et son époux sidi Mohammed Hassar, a été bien étudiée et a bénéficié de tout l’intérêt de son auteur ssi Guennoun. Nous saisissons cette occasion pour remercier l’auteur des deux récits de voyage pour tout le travail accompli et pour l’édition des deux œuvres. Nous saisissons également l’occasion pour dire que nous avons mis à la disposition de l’auteur toutes les informations possibles en notre possession.

UNE RELATION TOURISTIQUE

Dans une autre relation de voyage intitulée Assyaha ; le tourisme il regroupe des idées et des renseignements intéressants, il décrit le voyage del’ année 1921, I339.

LE VOYAGE MYSTIQUE

Dans rihlatou al ’oumour l’auteur parle d’un autre genre de relation de voyage, celle-ci est spirituelle. L’auteur se prononce sur les idées qui troublent, sur la mystique, le spiritualisme, les problèmes de la vie de l’esprit et les problèmes métaphysiques. Penseur d’une grande culture de l’être et des conceptions religieuses et mystiques il traite le sujet dans un style ardu difficile à comprendre par le non initié. L’impression que l’on ressent à la lecture de ce texte est l’incompréhension. Il y a des domaines fermés qui restent de la capacité et du ressort des initiés seulement.

LA SCIENCE DE LA METEOROLOGIE

La science de la météorologie a pour objet la connaissance des phénomènes atmosphériques et des lois qui les régissent. C’est une discipline qui permet d’établir les prévisions de l’évolution du temps. Les grands érudits musulmans s’intéressent à cette branche de la physique surtout parce qu’elle leur permet d’établir la hessa qui indiquent au fidèle musulman les horaires des différentes prières.
Trois écrits sont consacrés à la science météorologique chez l’auteur. Une belle quassida, une poésie de 58 vers, écrite le plus simplement possible, met à la portée de tous, une observation météorologique atmosphérique. Elle définit, les lois qui régissent les horaires des prières et l’art d’établir une hessa.
Une autre poésie écrite en 1928, montre les connaissances de l’auteur dans le domaine de la science météorologique apportant à l’appui une étude explicative des règles qui régissent les horaires des prières de la ville de Tanger. Pendant de longues années, la hessa officielle régissant les horaires des prières et surtout celle du mois du jeûne du Ramadan a toujours été corrigée, vérifiée et authentifiée par l’auteur avant d’être employée et d’être mise en circulation entre les mains du fidèle croyant de Tanger.
Une longue poésie qui s’étale sur 20 pages, écrite en 1956, apporte l’explication de la science météorologique concernant les mois dits solaires et leur justification.

MOHADHARATOU AL IKHOUWANE BI MOUHAWARATI TANJA OUA TITOUWANE

On peut traduire ce titre quelque peu ironique par le colloque fraternel entre Tanger et Tétouan ou bien la joute oratoire des deux sœurs Tanger et Tétouan. C’est une œuvre humoristique, au style polémique confirmé, à l’écriture heureuse et légère. C’est une comparaison docte et vivante. C’est une conversation à bâtons rompus, un dialogue de sourd, une discussion qui ne se termine pas, aucune des deux villes ne remporte la palme ni ne rallie tous les suffrages.
Mais c’est une conversation qui invite à la discussion, qui ne laisse pas indifférent, elle éveille les idées, apporte des renseignements et un enseignement et qui cultive l’esprit. Elle fait parler deux villes aux aspects culturels, sociaux et religieux ressemblants et qui essayent, chacune à son tour, de vanter ses propres mérites, de se surpasser l’une l’autre. Chaque ville, Tanger la haute et Tétouan la blanche veut avoir le plus beau rôle et les meilleurs atouts comme caractéristiques propres. Elle aborde un grand nombre de sujets généraux et particuliers, multiples et divers d’une époque et de deux villes du Nord du Maroc.
L’auteur qui aime les deux villes et dont la famille et les amis sont implantés dans les deux cités reste un spectateur impartial qui ne donne jamais sa préférence ni à l’une ni à l’autre ville, il fait ainsi revivre une joute culturelle avec maestria et humour léger.
Homme ouvert aux réalités de son temps qui possède une grande expérience du comportement de ses semblables, l’esprit critique et ironique toujours en éveil, l’auteur fait un tour d’horizon des caractéristiques propres à chaque cité, rapportant toujours de façon impartiale des faits, des informations, des histoires les concernant faisant apparaître la sagesse, les proverbes, la vie en général et tout ce qui se rapporte aux domaines sociaux, culturels et religieux
De ces joutes et débats se dégage une philosophie sociale, humanitaire et individualiste. Dans un style spécial, on trouve une critique innovatrice, un esprit critique, une peinture des mœurs, le caractère des hommes et de la société, une sorte d’histoire sociale de ce temps.
Cette œuvre aux aspects charmants, aux détails piquants, montre l’imagination féconde et vive de l’auteur et sa façon de s’amuser. Il possède l’art d’exposer avec esprit et enjouement des idées qui font naître un rire jovial et joyeux, une bonne humeur et où s’insinue une certaine ironie avec la satyre d’une saveur délicate. On y trouve les qualités de verve, de vivacité rapide, une aisance piquante et humoristique. C’est le style agréable d’un juge qui veut toujours rester équitable et impassible, des détails ironiques montrant l’observateur pénétrant des caractères humains.

LA SCIENCE DE L’ECRITURE DES LETTRES

Dans cette œuvre de la science de l’écriture des lettres, l’auteur a donné la primauté à la réflexion sur l’enseignement de l’écriture arabe marocaine authentique, et sur la place de son enseignement dans l’éducation de l’élève en particulier.
Ce manuscrit sur la science des lettres compte parmi les écrits importants de l’auteur. Il fait une étude exhaustive et fort intéressante sur la valeur de l’écriture arabe marocaine des lettres dont il donne l’art et l’usage. Il fait systématiquement l’étude de chaque lettre alphabétique, ses façons de s’écrire dans les différentes situations du mot dans la phrase.
Spécialiste connaisseur éclairé, au courant des écrits graphiques, très compétent en la matière de la calligraphie et des arts graphiques en général, possédant le savoir faire, l’expérience, la longue pratique compétente de la technique de l’écriture arabe marocaine il l’a inculqué à un grand nombre d’étudiants et parmi eux son neveu sidi ‘Abdel Krim Skiredj le fils de son frère sidi Ahmed Skiredj qu’il respectait et chérissait beaucoup. D’ailleurs celui-ci, devint à son tour un grand expert en la matière et il fut appelé à écrire des versets de Coran sur les murs de la mosquée de Paris, un exemple édifiant dont l’œuvre reste comme un grand témoin de l’art calligraphique marocain.
Les amis de l’auteur, les autres érudits et surtout les notaires de Tanger se sont souvent adressé à lui pour établir dans sa très belle écriture les actes de mariages des filles des grandes familles de la ville. En remerciement pour ses œuvres artistiques uniques, il recevait des cadeaux en objets précieux en fin cristal de Baccara et d’Iran et de très belle faïence de Chine. Ces objets témoins vivants de son art restent encore dans sa famille et dans celle de son ami sidi El Bachir Affaïllal à qui il faisait de fréquents cadeaux chaque fois qu’il allait en visite à Tétouan.